Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 Juin 2018
( Matthieu 5, 33-37 )
Oui, c’est oui.
Ce n’est pas n’importe quoi! Celui qui est le Verbe, qui est lui-même la Parole de Dieu vient nous donner des consignes sur notre parole humaine. D’un côté, il nous laisse entendre qu’il ne faut pas donner à notre parole une portée qu’elle ne peut pas avoir, et d’un autre côté, il nous incite à donner toute sa vraie valeur à notre parole en faisant en sorte que nos « oui » ou nos « non » soient vraies, authentiques.
Les hommes ont tendance à donner à leur parole une portée qu’elle ne peut pas avoir. Au temps de Jésus, autant chez les Juifs que dans les nations païennes, on prononçait beaucoup de serments. On se servait de Dieu pour donner de la force et de la vérité aux paroles qu’on prononçait. En faisant ainsi on se mettait à l’abri en mettant Dieu au service de notre cause. Jésus coupe court à cette façon de faire. Il ne dit pas à ses auditeurs « quand vous jurez, tenez vos serments », mais il leur dit de ne pas jurer du tout parce qu’on n’a aucun pouvoir sur Dieu, aucun pouvoir sur les choses de Dieu et même pas sur nous-mêmes parce que nous appartenons à Dieu.
Jésus nous invite plutôt à être vrai en tout temps :
« Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est non »
Je comprends que Jésus nous donne cette consigne. En commençant sa 2ième lettre aux Corinthiens, saint Paul dit :
« Le Fils de Dieu, le Christ Jésus,… n’a pas été « oui et non » ; il n’a été que « oui ». Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons à Dieu notre « amen », notre « oui », pour sa gloire. » (2 Cor, 1,19-20)
Notre parole est le chemin que nous prenons pour aller vers l’autre; elle se doit d’être un chemin que l’autre peut prendre avec confiance en venant vers nous. Pour Jésus, la parole doit demeurer un chemin sacré entre les personnes. Jésus a été un être vrai et transparent dans ses paroles. Il respectait trop les hommes et les femmes à qui il s’adressait. Il aimait bien trop les personnes pour leur apporter autre chose que lui-même. On peut dire que sa parole coïncidait avec son être profond.
Un disciple de Jésus, c’est quelqu’un qui dit « oui » à tout ce qui va selon l’évangile et ses valeurs, à tout ce qui peut faire grandir les hommes et les femmes. À l’inverse, il dira « non » à tout ce qui contredit l’évangile et ses valeurs, mais il le dira sans violence, sans amertume, sans rejeter les personnes, mais il le fera avec la détermination qui s’impose.
« Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est non »
Le scandale arrive lorsque quelqu’un affirme quelque chose, mais fait le contraire. Il y a des « oui » diplomatiques qui en réalité sont des « non ». Il y a des gestes qui accompagnent notre conversation qui donnent une autre signification à nos paroles. Ils ne sont pas rares dans la bible les textes où on nous demande de faire en sorte que nos gestes s’accordent avec nos paroles.
Il y a une parfaite concordance entre les gestes de Jésus et ses paroles. Toujours au début de sa deuxième lettre aux Corinthiens, saint Paul leur affirme que lui et Timothée ne sont pas allés chez eux avec des « oui » et des « non » en même temps. Ils ont toujours parlé, ils ont pensé avec les paroles de Jésus et ils vivent imprégnés des paroles de Dieu. Il n’y avait aucune contradiction chez eux entre leur manière de vivre et leur annonce de Jésus. Que c’est beau!
Regardons Marie. Elle avait répondu à l’ange « qu’il me soit fait selon ta parole. » Pendant toute sa vie, Marie a conservé sa réponse dans son cœur. Ce n’était pas un « oui » à moitié. Elle a vécu sa réponse avec tellement de profondeur qu’on a du mal à la suivre sur le même chemin.
Demandons à Marie de venir nous accompagner pour que nos « oui » ne soient jamais des « oui » à moitié, mais des « oui » authentiques à la manière de Jésus.
