Homélie Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 12 août 2018 – 19e Dimanche Ordinaire « B » ( Jean 6, 41-51 )
Liturgie des Heures : semaine : III
Pauvre Élie!
Condamné par la reine Jézabel, il marche toute une journée dans le désert pour éviter une exécution violente. Exténué et découragé, il souhaite mourir dans son sommeil.
Alors, avec une grande délicatesse, l’ange de Dieu le touche deux fois et lui dit :
« Lève-toi et mange, autrement le chemin serait trop long pour toi. »
Il lui offre des galettes cuites sur la braise et une cruche d’eau.
Fortifié par cette nourriture, le prophète entreprend une longue marche vers la montagne de Dieu.
Et là, il découvre que son Dieu n’est pas dans la puissance des ouragans, ni dans le tremblement de terre mais « dans le souffle d’une brise légère », ce qu’il n’avait jamais imaginé et ce qui va changer sa vie.
Ce qui était une fuite dans le désert devient un très beau pèlerinage!
C’est toujours le même Dieu que nous avons, un Dieu qui ne se manifeste pas dans la puissance ou dans des gestes d’éclat, mais dans une étable et sur une croix.
Le pain et l’eau que Dieu donne au prophète pour le soutenir, rejoint très bien les paroles de Jésus dans l’évangile.
Avec la même délicatesse qu’il a manifestée au prophète, le bon Dieu nous offre le pain de la route, pour le grand voyage de notre vie qui est lui aussi marqué par bien des déserts, désert de nos solitudes, désert de nos échecs et de nos découragements, désert de nos faims et de nos soifs de vivre. Ce pain que Dieu offre n’est pas un pain cuit sous la cendre, mais son propre Fils, vrai pain descendu du ciel. Puisse ce pain de vie, tellement simple et humble, nous permettre de toujours mieux découvrir notre Dieu comme Élie et transformer nos fuites dans le désert en un beau pèlerinage!
Le propre Fils de Dieu se déclare pain de vie!
Pain de vie parce qu’il « s’est fait chair et qu’il est venu demeurer parmi nous. »
Il s’est fait l’un de nous ! Il a rempli la terre de sa plénitude!
Un vrai scandale pour ses auditeurs. Comment le fils du charpentier peut-il oser prétendre qu’il est le vrai pain descendu du ciel? La même question, malgré tous les signes que Jésus donne pour croire en lui, revient constamment dans l’évangile. Ça prendra un païen, un centurion romain en plus, pour s’écrier au pied de la croix : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu! »
Dans un simple morceau de pain, nous sommes invités à reconnaître le visage de Jésus, ses blessures et toute sa vie.
Jésus, Pain de vie aussi dans sa Parole.
Les gens de son temps disaient : « Personne n’a parlé comme cet homme! »
Bien avant eux, le prophète Amos déclarait : « Voici venir des jours où j’enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d’eau, mais d’entendre la Parole de Dieu. »
Tenté au désert, Jésus donnera une réponse semblable au tentateur:
« Il est écrit : ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »
La Parole de Dieu que nous entendons chaque jour est Pain de vie, pain de Dieu pour la route.
Pain de vie encore Jésus, parce qu’il a donné sa vie pour nous.
« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Qu’est-ce que nous venons chercher à la messe?
Une belle célébration ? De la belle musique? De beaux signes? Ce n’est pas rien bien sûr!
Mais, ce qu’il faut découvrir en premier c’est l’amour de Dieu qui s’est montré en Jésus crucifié dans sa chair et dans son sang répandu pour nous.
Prenons le temps de nous nourrir de cet amour, de ce pain de vie éternelle.
« Lève-toi et mange, car ta route sera longue » disait l’ange à Élie.
Le pain du ciel que Dieu nous offre nous donne la force et le courage pour la route que nous avons à parcourir. Le Christ descend toujours dans nos vies, pas par la puissance comme dans les ouragans ou les tremblements de terre, mais par des voies mystérieuses parfois, dans une brise légère.
Dans le livre « Le Cardinal », j’ai lu un passage que j’aime beaucoup. Le cardinal raconte :
« Un jour je me trouvais à Calcutta, et je vis une des sœurs missionnaires de Mère Teresa qui passait une main délicate sur le front d’un Indien en train de mourir. Cette caresse, croyez-moi, avait la légèreté de la brise, et je peux vous assurer que, dans cette brise légère, ce jour-là, je vis Dieu. Nous étions loin des ouragans de la puissance et des richesses. »
En accueillant le pain de vie que Dieu nous donne, nous nous engageons à être, comme lui, pain de vie pour tous ceux et celles qui sont sur notre route, à être pour eux « brise légère » comme notre Dieu.
