Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 4 Avril 2018 – Mercredi octave de Pâques
( Luc 24, 13-35 )
Ils avaient espéré ces deux hommes qui retournent dans leur village, mais c’est fini, ils n’espèrent plus. Leur pays n’a pas été libéré comme ils le souhaitaient; en plus, le prophète Jésus a été condamné comme le pire des criminels; il est mort sur une croix sans opposer de résistance. C’est l’échec d’un bout à l’autre; encore une fois la mort a eu le dernier mot.
Ils avaient bien eu une petite lueur d’espoir; des femmes qui étaient allées au tombeau; des anges qui leur ont dit que Jésus était vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, mais lui, ils ne l’ont pas vu.
Et Jésus, comme il le fait si souvent dans son amour, prend l’initiative de les rencontrer.
Il les rejoint sur la route alors « que leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ». Il ne les aveugle pas de sa gloire comme il l’a fait pour saint Paul sur le chemin de Damas. Il ne leur montre pas ses mains et ses pieds comme il le fera un peu plus tard pour ses disciples et particulièrement pour Thomas. Il les invite simplement à écouter une parole que Dieu avait déjà dite, une parole qui éclairait l’histoire de Jésus, une parole qui révélait tout le sens des événements qui venaient d’arriver. Il leur fait comprendre que Dieu a réservé à Jésus le destin du serviteur souffrant proclamé par le prophète Isaïe vendredi dernier, qu’il a plu à Dieu de sauver le monde par la folie de la Croix, que la folie de Dieu est la sagesse suprême pour sauver le monde.
Les deux disciples ne se rendent pas compte encore que Jésus est en train de leur réchauffer le cœur, que, peu à peu, il y a de la lumière qui pénètre en eux, juste assez pour qu’ils s’efforcent de le retenir, « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse ».
À ce moment-là, tout chavire. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais celui qui était l’invité devient celui qui invite. Il était invité à manger, maintenant, c’est lui qui donne à manger. « Ayant pris le pain, Jésus prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. »
Dans la première lecture tantôt, « Alors Pierre, ainsi que Jean, fixa les yeux sur l’infirme, et il dit « Regarde-nous! L’homme les observait ». L’homme plante ses yeux dans ceux de Pierre qui lui fait faire une expérience de résurrection. Désormais sa vie ne sera plus jamais la même.
Un peu la même chose dans l’évangile, « leurs yeux s’ouvrirent » vient de nous dire saint Luc. Les deux disciples viennent de passer de la noirceur à la lumière, de la tristesse à la joie. Ils reconnaissent Jésus qui disparaît aussitôt. Ils sont renvoyés à leur regard intérieur. Ils ne pourront plus jamais perdre l’image du ressuscité qui s’est imprimée dans leur cœur.
On peut affirmer que les deux disciples reconnaissent Jésus quand la liturgie de la Parole débouche sur la fraction du pain. Ils communient à la vie du ressuscité par la Parole et par le sacrement de l’Eucharistie; par la Parole et par la fraction du pain qu’ils sont renvoyés à leur regard intérieur. Tout un enseignement pour nous!
Et tout chavire à nouveau. Eux qui s’en allaient en tournant le dos à la ville de Jérusalem y reviennent en pleine nuit. Eux qui avaient abandonné leurs amis à leur peur et à leur solitude, voilà qu’ils reviennent vers eux, il faut le remarquer, après avoir rencontré Jésus. Eux qui avaient fui la fraternité, voilà que, maintenant, ils se veulent solidaires de tous ceux et celles qui croient. Ce sont les fruits de l’Eucharistie.
