Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 31 Janvier 2018 – Saint Jean Bosco
( Marc 6, 1-6 )
« Laissez les enfants venir à moi. »
Cette petite phrase de l’antienne d’ouverture rejoint bien celui que nous fêtons aujourd’hui, Saint Jean Bosco, qui fut le prêtre des enfants abandonnés et désœuvrés. Mais elle vient nous rejoindre aussi. Dans le langage biblique, les mots « enfants, petits et disciples » sont très proches les uns des autres. Qu’on se souvienne de cette parole de Jésus :
« Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi. (Mt 18,4-5)
Dans l’Ancien Testament, l’enfant apparaît comme un privilégié de Dieu, comme l’image de celui qui s’abandonne au Seigneur en toute confiance.
« Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère ». (Psaume 130,2)
Toujours dans l’Ancien Testament, on voit souvent Dieu choisir le plus petit, un enfant ou le plus jeune pour accomplir une mission. On se rappelle qu’il a choisi le jeune Samuel dans le Temple pour devenir son prophète, un grand prophète. On l’a vu ensuite choisir David, le plus jeune des enfants de Jessé, pour devenir le roi d’Israël. Dans le livre de Daniel, c’est encore le plus jeune, Daniel, qui se montre plus sage que les Anciens pour sauver Suzanne de la mort.
Enfin, c’est par un nouveau-né, un enfant couché dans une crèche que le Dieu d’Israël visite et rachète son peuple. C’est Dieu qui se fait homme. Et saint Luc, dans son Évangile, ne manque pas de souligner les étapes de la croissance de Jésus; enfant présenté au Temple, enfant qui fugue à l’âge de12 ans, toujours soumis à ses parents et pourtant déjà mystérieusement en lien avec son Père.
« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père? » (Luc 2,49)
Au temps de Jésus, les enfants n’étaient pas bien considérés de la part des adultes. On le voit dans cet évangile où on présente des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains. Les disciples les écartent vivement. Jésus se fâche devant cette attitude. Ce mépris le choque, parce que, pour lui, les enfants, comme les exclus, ont leur place dans le Royaume. Il les bénit parce qu’ils sont comme les pauvres et symbolisent les disciples authentiques. Matthieu nous le dit clairement dans son évangile :
« En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Mt 11,25-26)
L’enfant est dépendant des autres, il a besoin qu’on prenne soin de lui, il demande du temps, il dérange et pourtant Jésus l’accueille. L’enfant est signe d’abandon, de confiance, d’émerveillement, de spontanéité, de simplicité, conditions nécessaires pour entrer dans le Royaume.
« Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » (Mc 10,15)
En bénissant les enfants, Jésus leur ouvre le Royaume de Dieu. Les premiers, ils sont appelés à entrer dans la proximité de Dieu. Les petits aujourd’hui sont les mêmes qu’au temps de Jésus : les enfants, les malades, les handicapés, les étrangers, les exclus. C’est à tous ceux et celles qui se font proches des petits que Jésus ouvre son Royaume :
« Je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 34ss)
