30-décembre-2017

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 30 Décembre 2017

( Luc 2, 36-40 )

 

Dans l’évangile, ce matin, saint Luc réunit un beau bébé de 40 jours et deux beaux vieillards, dont Anne, la prophétesse, qui a quatre-vingt-quatre ans. Avec une petite pointe d’humour, on pourrait bien dire que saint Luc veut rejoindre les gens du troisième âge. Mais si on est un petit peu plus sérieux, on peut saisir qu’il nous livre une belle catéchèse sur la fidélité et sur l’espérance chrétienne.

 

La plupart du temps, on voit de signes d’espérance dans ce qui est nouveau, dans une invention qui est pleine de promesses, dans une bonne nouvelle qui nous touche en profondeur, dans les jeunes et les enfants qui ont tout l’avenir devant eux. Je pense à ces beaux mots de Charles Péguy
« L’espérance est une petite fille de rien du tout qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière »
Les enfants sont pleins de promesses parce qu’ils ont tout le temps devant eux, le temps de grandir, le temps de bâtir, le temps d’assurer la continuité. C’est bien vrai quand il s’agit des réalités humaines, de notre vie sur terre. Mais quand il s’agit des réalités d’en haut, des réalités du ciel, de l’amitié avec Dieu appelés à s’épanouir dans la vie éternelle, qu’en est-il de notre espérance?

 

Au soir de notre vie, nous pouvons toujours être de beaux signes d’espérance. La manière de donner notre temps gratuitement, la joie de servir dans l’ombre, la liberté du cœur qui fait qu’on range les uns après les autres les outils que Dieu nous avait donnés peuvent être autant de témoignages d’espérance qui sont signes de la vie de Dieu qui nous habite.

 

On le voyait dans la prophétesse Anne. Plus elle avançait en âge, plus elle concentrait sa vie sur l’essentiel, et plus elle se concentrait sur l’essentiel, plus elle se rapprochait de la jeunesse de Dieu. « Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière ». Elle manifestait beaucoup d’amour avec des petits moyens; elle s’effaçait de plus en plus devant l’œuvre de Dieu; elle se vouait à la louange et à l’action de grâce. Sa manière de vivre nous indique tout un chemin d’espérance, l’espérance dans l’autre vie. On pourrait dire de cette femme « qui proclamait les louanges de Dieu » qu’elle cherchait déjà à vivre sur terre ce qu’elle vivra dans le Royaume des cieux.

 

Il y a des choses étonnantes dans cet évangile. Saint Luc nous dit qu’Anne a passé la plus grande partie de sa vie à l’ombre du Temple, méditant la Parole du Seigneur et veillant dans la prière. C’est étonnant! Elle a passé toute une vie dans le recueillement pour donner un témoignage qui n’a duré qu’un instant :
« Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ».

 

C’est étonnant! Comme pour nous dire que ce n’est pas trop de passer toute une vie de fidélité pour mériter de pouvoir nommer Dieu quand il visite le monde, comme pour nous dire que ce n’est pas trop de mener toute une vie de prière pour avoir la joie de rejoindre le mystère de la tendresse de Dieu dans le regard d’un petit enfant. 

 

Je pense que la vie spirituelle d’Anne, si elle était intense, était aussi déjà en harmonie avec ce que Jésus allait annoncer au monde. Je pense aussi que vous avez dans cette femme un beau sujet de méditation. Vous pouvez faire bien des liens entre votre vie de Servantes de Jésus Marie et la prophétesse Anne. Une chose est certaine, en vivant votre vie comme elle, vous devenez des signes d’espérance autant pour l’Église que pour le monde.