30 Avril 2018 Sainte Marie de l’Incarnation Matthieu 5, 1-12a

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 30 Avril 2018 – Sainte Marie de l’Incarnation

(  Matthieu5, 1-12a )

 

« Restez enracinés dans l’amour »,
disait Saint Paul aux Éphésiens. S’Il peut le dire, c’est parce qu’il sait que Jésus est resté enraciné dans l’amour, qu’il s’est nourri de l’amour de Dieu, comme nous sommes invités à le faire.

 

Celle que nous fêtons aujourd’hui, Marie de l’Incarnation, est demeurée enracinée, toute sa vie, dans l’amour de Dieu et du Christ. Dès l’âge de sept ans, à la suite d’une expérience mystique, elle choisit de se donner entièrement au Christ. Le reste de sa vie ne sera pas simple. Elle était mariée à un homme difficile qui la laisse veuve avec un enfant. Surchargée d’affaires pendant sa vie, elle réussira à garder un fort sens pratique en même temps qu’une vie spirituelle intense. Elle écrit :
« Ces tracas ne me détournaient point de la grande application que j’avais à Dieu et qui m’occupait toujours
. »

 

Les lectures que nous entendons aujourd’hui sont d’une grande richesse, si bien qu’on peut se demander s’il est possible que des personnes ordinaires puissent en faire leur code de vie. Je me permets de vous lire une sorte de traduction des béatitudes que nous venons d’entendre dans l’évangile :

 

Heureux, bienheureux, dit Jésus, vous qui restez pauvres devant Dieu et devant les hommes, vous qui gardez les mains ouvertes et qui acceptez de tout recevoir pour mieux donner. Déjà le Règne de Dieu prend possession de vous.

Heureux, bienheureux, vous qui sauvegardez, dans toute rencontre d’un frère ou d’une sœur, l’espace de la douceur, et qui refusez de passer par la force. Tout est à vous qui ne réclamez rien.

Heureux, bienheureux êtes-vous, quand, dans les souffrances, les deuils ou la solitude, vous attendez de Dieu seul votre consolation et votre réconfort.

Heureux, bienheureux, lorsque vous laissez derrière vous un sillage de bonté et de miséricorde, car vous connaîtrez la tendresse de Dieu.

Heureux, vous qui, vaillamment, gardez votre cœur pur, car la beauté de Dieu lavera votre regard; le Visage du Christ s’imprimera en vous, et « vous le verrez tel qu’il est » avec les yeux illuminés de votre cœur.

Heureux, vous qui faites œuvre de paix, car Dieu dira de vous : »Voilà vraiment mon fils; voilà vraiment ma fille, en qui je reconnais mon Unique ».

Heureux, bienheureux êtes-vous, dit Jésus, lorsque vous avez à « souffrir pour la justice » parce que vous vous êtes ajustés au dessein de mon Père, car c’est moi qui prendrai votre cause en main, et l’Esprit Paraclet témoignera pour moi à l’intime de vous-mêmes.

 

Quelqu’un peut-il incarner réellement ces béatitudes? Des saints et des saintes comme Marie de l’Incarnation font la preuve que, parmi les impondérables de l’existence, il est possible de faire le choix de vivre déjà comme des ressuscités. Parce que, seuls ceux et celles qui croient en la résurrection peuvent choisir d’être pauvres, doux, purs, miséricordieux, artisans de paix.

 

Je me permets de lire deux paragraphes pigés dans le recueil de la célébration de Marie de l’Incarnation qui nous sert aujourd’hui. J’y trouve une belle parenté avec les Servantes de Jésus Marie. Je lis :
« Conjuguant merveilleusement contemplation et action, elle trouve Dieu en toutes choses et vit aussi familièrement avec la Vierge Marie : « Je la sentais auprès de moi sans la voir, m’accompagnant dans les allées et venues qu’il me convenait de faire dans le bâtiment. » Tout en sautant les échafaudages, elle l’invite : « Allons, ma divine Mère, allons voir nos ouvriers .» Quand à saint Joseph, qui lui est apparu comme guide dans sa vision du Canada, il restera son protecteur habituel, qu’elle associe régulièrement à Jésus et à Marie»

 

Bossuet disait de Marie de l’Incarnation qu’elle était la Thérèse de la Nouvelle-France. Cette jeune femme généreuse qui répondait chaque jour à la volonté de Dieu, est restée enracinée dans l’amour toute sa vie, tout en demeurant attentive aux appels intérieurs qui la projetteront parfois dans l’inconnu.