Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 25 Mars 2018 – Dimanche des Rameaux et de la Passion
SEMAINE SAINTE « B » ( Marc 14,1 – 15,47 )
Liturgie des Heures semaine : II
Je retiens seulement deux petites phrases de l’évangile.
La première, c’est la prophétie que Jésus adresse à Pierre :
« Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
On peut facilement imaginer la tristesse qui envahissait le cœur de Jésus. Celui qui venait de faire une profession de foi à toute épreuve, celui qu’il avait choisi, en qui il avait mis sa confiance, sur qui il voulait bâtir son Église, voilà que, après Judas, il allait se montrer le plus lâche de tous les Apôtres. En faisant cette annonce à Pierre, Jésus fait preuve d’une terrible lucidité même sur ceux qui sont appelés à lui être fidèles. Malgré tout, les évangélistes prennent soin de nous rappeler cette parole de Jésus qui disait :
« Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ».
Il me semble que cette petite phrase vient nous rejoindre! Nous aussi, nous affirmons notre amour à Jésus, la preuve c’est que nous sommes ici aujourd’hui. Mais, quand nous allons retourner à nos occupations de chaque jour, nous nous surprendrons peut-être à agir comme si on ne l’avait jamais rencontré. Et pourtant! Rappelons-nous que c’est à celui qui l’a renié trois fois que Jésus confie la charge d’être le pasteur de ses brebis. Il vient nous dire par là qu’il est capable de nous donner une fidélité, une confiance, un pardon qui va au-delà de tout ce qu’on peut imaginer.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »
C’est la deuxième parole que je retiens aujourd’hui. Ce cri terrible, on le trouve d’abord dans un psaume, un psaume que Jésus a appris quand il était enfant, pendant ses années tranquilles à Nazareth. Ce cri, il l’avait appris par cœur, par le cœur, se disant, sans doute, qu’un jour ça lui servirait. Aussi, quand il termine sa vie, lamentablement pendu sur le bois de la croix, les mots qu’il avait appris à Nazareth reviennent sur ses lèvres d’adulte :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »
On peut se poser une grosse question :
« Pourquoi Jésus a-t-il été contraint à cet abandon extrême? Pourquoi son Père l’a-t-il abandonné à ce point? »
Pour comprendre, il faut se poser d’autres questions :
« Pourquoi Jésus s’est-il incarné? Qu’est-ce qu’il est venu faire sur la terre? Quelle était sa mission? »
À ceux qui lui reprochaient d’être allé prendre un repas chez Zachée, Jésus avait déclaré :
« En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19,10)
C’est ça sa mission! « Ce qui était perdu »,
c’est la clé qui nous permet de comprendre.
Jésus a voulu s’identifier avec les plus perdus, faire corps avec ceux qui s’éloignaient, avec ceux qui gisaient dans l’ombre de la mort, pour ensuite les faire remonter avec lui jusqu’au Père dans les cieux. Pour y arriver, il se devait de descendre au plus bas, de s’identifier aux derniers des derniers comme sur la croix.
À ce moment-là, tous ceux qui sont exclus par les hommes, tous ceux qui se croient même rejetés par Dieu, peuvent désormais se tourner vers Jésus parce qu’il s’est fait l’un des leurs, parce qu’il a été broyé comme eux pour vaincre la malédiction. Désormais, il n’y a aucune nuit humaine qui échappe à sa présence. Ce cri, aussi terrible soit-il, fonde toute notre espérance et nous ouvre déjà à la Résurrection.
Même s’il n’y a pas de liens avec les phrases que j’ai commentées, je termine avec ces mots de Saint Grégoire de Naziance que j’ai toujours trouvés très beaux :
« Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suit Jésus.
Si tu es Simon-Pierre, reste près de celui qui a été livré à cause de toi, et tire profit de ta lâcheté.
Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps adorable de celui qui fut mis en croix.
Si tu es le centurion, redis-lui ta foi : “Vraiment celui-ci était Fils de Dieu! »
Si tu es l’une des saintes femmes, va le pleurer de grand matin.
Sois le premier à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même. »
