25-décembre-2017

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

NOËL : NATIVITÉ DU SEIGNEUR

HOMÉLIE : 24 Décembre  2017 – Veille de Noël  (Messe de Nuit)

Luc 2, 1-14 )

Messe du Jour de Noël 
Homélie publiée au bas de cette page.

« Mon pays, ce n’est pas mon pays, c’est l’hiver », chantait Gilles Vigneault. Il faisait remarquer, dans une autre chanson, qu’il fallait que nos ancêtres soient des gens entêtés pour s’en venir vivre ici et affronter nos hivers. Ils étaient prêts à le faire puisque remplis d’espérance, ils voulaient se faire une vie nouvelle, bâtir un monde tout neuf. Et puis, de toute façon, l’hiver allait bien finir avec l’arrivée du printemps.

 

On sait ce que c’est l’hiver! La neige, les tempêtes, le froid parfois intense, la noirceur des journées plus courtes et même des Noëls sous la pluie. Et puis, nous le savons bien, il y a bien d’autres sortes d’hiver : l’hiver des personnes seules, l’hiver de ceux qui ont perdu leur emploi, de ceux qui sont frappés par la maladie ou le deuil, l’hiver du découragement, de l’incertitude, de l’angoisse. C’est vrai qu’il faut beaucoup d’espérance pour passer au travers de ces hivers.

 

Il n’y avait peut-être pas de neige ni de froids intenses quand Jésus est arrivé au monde, mais Marie et Joseph ont connu d’autres sortes d’hiver, l’hiver de nos épreuves, de nos difficultés. L’histoire de Noël nous le révèle.

 

À cause d’un empereur qui veut connaître le nombre de ses sujets, Joseph et Marie qui est enceinte doivent quitter leur village et entreprendre un long voyage qui a ses risques. Arrivés à Bethléem, ils ne trouvent pas de place dans la salle commune et sont forcés de mettre leur enfant au monde dans une étable et de le coucher dans une mangeoire pour animaux. Ils sont visités par des bergers, des hommes de mauvaise réputation et méprisés par leur entourage. Jésus vient à peine de naître qu’il se trouve parmi les exclus et partage le sort des malmenés de la vie. Un dur hiver sans doute pour eux, mais un hiver traversé par une grande lumière : des anges qui chantent et annoncent une Bonne Nouvelle. Un hiver traversé par l’espérance d’un printemps nouveau que Marie garde dans son cœur!

 

Ce petit enfant de la crèche, il ne restera pas longtemps le petit Jésus! Lui aussi connaîtra nos hivers. Il grandira et il fera son chemin au milieu des joies et des tragédies humaines, au milieu des accusations et des pardons, au milieu des riches et des pauvres, au milieu des amis et des ennemis, au milieu des gens en bonne santé et des malades. Il donnera une couleur de printemps à ceux et celles qui vivent l’hiver du rejet, à ceux et celles qui vivent l’hiver de la maladie ou du deuil.

 

Chaque année, au beau milieu de l’hiver, au milieu tous les hivers pas drôles de nos vies, nous célébrons la fête de Noël. Chaque Noël, Dieu nous invite à nous pencher sur un enfant, sur une vie neuve, sur une vie qui commence, sur la vie profonde qu’il nous offre. Une vie qui s’ouvre à nous comme un chemin à défricher, comme une route à déneiger! Une vie nouvelle où Dieu ne cesse de nous redire que nous sommes les frères et les sœurs de l’enfant de la crèche, que nous sommes ses fils et ses filles comme lui. À chaque Noël, il nous appelle à nous libérer, jour après jour, de tout ce qui fait obstacle à la rencontre de ce Dieu d’amour. Chaque Noël, Dieu s’approche de nous pour stimuler nos forces d’aimer, pour que nous soyons comme lui, des porteurs d’espérance, des porteurs de liberté pour ceux et celles qui sont sur notre route, à la manière de Jésus.

 

Si Gilles Vigneault chantait qu’il fallait que nos ancêtres soient des gens entêtés pour continuer de vivre chez nous, je pense qu’on peut dire la même chose du Bon Dieu. Tout au long des siècles, il s’est entêté à faire alliance avec nous pour nous libérer et nous sauver. Il s’est entêté à nous rencontrer jusqu’au point de se faire petit enfant, de se faire homme comme nous, de marcher avec nous pour partager tous les hivers de notre vie.

 

Ce n’est pas compliqué la fête de Noël! La fête de Noël, c’est Dieu qui s’entête à nous dire qu’il y a un amour caché dans nos hivers. Il s’entête à nous redire, encore une fois, que nous avons une place inestimable dans le cœur de son Père et du sien. Il s’entête à nous donner son corps et son sang dans l’Eucharistie, pour une alliance toujours nouvelle et éternelle. C’est ça que nous célébrons! C’est ça que nous chantons en ce jour de Noël. Puissions-nous le découvrir encore plus en ce jour de Noël!

 

 

Messe du Jour de Noël

NOËL : NATIVITÉ DU SEIGNEUR

HOMÉLIE : 25 Décembre  2017 – MESSE DU JOUR

Jean 1, 1-18 )

 

Trois homélies différentes en dedans de 24 heures, c’est presque un tour de force. Aussi, ce matin, au lieu de vous faire l’homélie habituelle, j’ai pensé vous raconter une histoire que je n’ai pas inventée et qui rejoint bien la fête de Noël. Je l’ai trouvé tellement belle que j’ai jugé bon de vous la partager en ce jour de Noël.

 

Il y avait une fois un monsieur très religieux. Quand il était tout jeune encore, il avait appris que Dieu était très bon, mais il avait appris aussi que c’était un Maître très exigeant, un juge sévère qui ne laissait rien passer. Alors, il avait passé toute sa vie en faisant beaucoup de sacrifices et d’efforts pour obéir à tous les commandements de Dieu et de l’Église. Il voulait devenir un bon chrétien. Il se disait qu’en arrivant devant le tribunal de Dieu, celui-ci ouvrirait son grand livre, ferait le décompte de tous ses efforts, de tous ses mérites et de toutes les bonnes actions qu’il avait faites, pour lui ouvrir ensuite toutes grandes les portes du Paradis!

 

Il mourut la nuit de Noël. Quand il arriva devant la porte du paradis, il constata qu’elle était bien fermée et qu’il n’y avait personne à l’entrée. Alors, il se dit qu’il devait peut-être ouvrir la porte lui-même. Il essaya de l’ouvrir! Pas moyen! Il avait beau y mettre toutes ses forces, la porte ne voulait pas bouger. Épuisé à force d’efforts, il tomba par terre, incapable de faire le moindre geste. C’était le silence absolu, total. Après tous les efforts qu’il avait faits pour ouvrir la porte, comme il l’avait fait pendant toute sa vie, il commença à réfléchir et à se dire que le Bon Dieu n’était pas juste après tout ce qu’il avait fait pour devenir un bon chrétien.

 

Soudain, il entendit un petit bruit, très doux, très léger. C’était la porte qui s’ouvrait très lentement, de son côté, et il entendit une voix d’ange qui disait :

« Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Luc 2,10-12).

 

Complètement vidé, il fut pris d’un sentiment étrange, quand une jeune femme s’approcha de lui, portant dans ses bras un petit bébé, un petit garçon qui venait tout juste de naître. Avec le plus beau des sourires, elle lui tendit l’enfant, gentiment, pour qu’il le prenne dans ses bras. Il osa les ouvrir et elle déposa le petit enfant tout près du cœur du pauvre monsieur qui fondit d’amour et de tendresse. C’était tellement fort qu’il caressa et embrassa le nouveau-né avec amour.

 

Tellement heureux, il fut inondé d’une grande lumière, pareille à celle d’un éclair. Une chance, se disait-il, que j’avais les mains vides, autrement je n’aurais jamais pu prendre l’enfant dans mes bras. Alors, il s’est rappelé que quelqu’un avait dit :

« Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. » (Matthieu 18,3-4)

 

Doucement, Marie le prit par le bras et lui fit franchir le seuil du paradis. À l’intérieur, il y avait plein de bergers qui chantaient la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu; des myriades d’anges qui chantaient en chœur :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix pour les hommes, ses bien-aimés. »

 

Non! Mon histoire n’est pas terminée. Il faut que je vous dise que le monsieur, aujourd’hui encore, est toujours heureux et que son bonheur n’aura jamais de fin parce que le Bon Dieu, fidèle à lui-même, a envoyé son Fils chez nous
« pour élever les humbles et comblés de biens les affamés. »

(Cette histoire est une adaptation de l’homélie du Père Jean Civelli, dans la revue « Signes » de janvier 2008.)