24-mars-2018

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 24 Mars 2018

( Jean 11, 45-57 )

 

Il y a un message publicitaire à la télévision qui se termine par un mot prononcé avec insistance, « Incroyable ».
C’est le mot que j’ai le goût de dire après la lecture de cet évangile, « Incroyable ».
Jésus vient de redonner la vie à Lazare et on veut lui enlever la sienne. Lazare vient de sortir du tombeau et on veut y mettre Jésus. Le comble de l’absurdité! Y a-t-il quelque chose de plus absurde que la mort d’un homme qui n’a fait que du bien? Et pourtant, si les évangiles de ces derniers jours nous préparent à la semaine sainte, j’ai l’impression que celui-ci nous prépare bien plus au jour de Pâques.

 

En disant qu’il valait mieux qu’un seul homme meure, Caïphe ne croyait pas si bien dire. Sans le savoir et sans le vouloir, il prédit que par la mort de son Fils unique, Dieu allait nous donner la vie. Saint Jean disait :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jean 3,16)
Et quand, sur son conseil, les grands prêtres et les pharisiens ont décidé la mort de Jésus, ils n’ont jamais imaginé qu’en le faisant, ils allaient libérer tous les Barabbas du monde. C’est encore saint Jean qui nous le dit :
« Il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation, et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »

 

J’ai vraiment l’impression que cet évangile nous prépare à la fête de Pâque. Le complot que machinaient les ennemis de Jésus vire complètement de bord. Ils décidaient la mort de Jésus, mais en le faisant, il complotait le commencement d’un jour nouveau. La croix n’allait plus être seulement un instrument de supplice, mais la gloire des gloires. Celui qui est le maître su sabbat nous préparait un jour de joie. Les Églises orientales chantent qu’aucun complot ne pourrait éteindre la flamme d’amour qui brille dans les yeux de Jésus. Ce complot qui est folie aux yeux du monde devient sagesse suprême de Dieu.

 

Ce n’était pas encore assez que Dieu vienne au monde au cours d’un voyage difficile sans trouver de place dans la salle commune; ce n’était pas encore assez qu’il soit à Nazareth où il ne pouvait rien sortir de bon et qu’il passe pour le fils du charpentier; ce n’était pas encore assez d’être humilié sur une croix et de verser son sang. Quand ses ennemis préparaient sa mort, lui, il se préparait à devenir nourriture pour nous donner sa vie.

 

Comment réagir devant tout ça?
Avec la foi!
Seule, la foi peut ouvrir nos yeux à la lumière.
Seule la foi peut nous dire que le Christ n’est pas mort, mais qu’il vit et que sa vie il l’a donné. C’est la foi dans ce grand mystère qui fait disparaître l’absurdité qu’on voit dans la scène d’aujourd’hui. Saint Paul était très clair là-dessus quand il disait aux Romains :
« J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Romains 8, 38-39)

 

Parce que nos cœurs portaient en eux des blessures mortelles, Dieu lui-même, en la personne de son Fils est descendu au plus bas de l’humanité pour une seule raison, parce que nous avons du prix à ses yeux. L’Eucharistie qui nous rassemble nous rappelle bien que Jésus est descendu au plus bas, jusque dans la mort, mais elle nous permet de projeter sur le pain livré et le sang versé un regard pascal.