Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 23 Février 2018
(Matthieu 5, 20-26)
« Va d’abord te réconcilier avec ton frère. »
Ces mots de Jésus viennent rejoindre un désir de paix qui nous habite. Qui ne désire pas la paix? Il y a bon nombre d’années, je travaillais dans une école polyvalente. Les jeunes aimaient entendre Renée Claude chanter :
« Tu trouveras la paix dans ton cœur, et pas ailleurs. »
On protestait contre la guerre au Vietnam. Au moment d’une forte tension entre la Russie et les États-Unis, le pape Jean XXIII, dans son encyclique « Pacem in Terris » écrivait
« Que Dieu bannisse des âmes ce qui peut mettre la paix en danger ».
« Vous avez appris qu’il a été dit… eh bien, moi je vous dis! »
Jésus, clairement, déclare qu’il apporte quelque chose de neuf. Il nous donne des chemins pour arriver à la paix.
Et il y va avec trois mises en garde successives :
ne pas se mettre en colère, ne pas tomber dans l’insulte, ne pas se laisser aller à la malédiction.
Tout se tient dans ces trois mises en garde. La colère peut facilement pousser à l’insulte, l’insulte risque d’entraîner la malédiction qui, elle, peut conduire à l’affrontement irréparable, c’est-à-dire au meurtre. Avant d’en arriver là, il fallait arrêter le mal à la racine. Si le mal n’est pas arrêté dans ses profondeurs, inévitablement, il va grandir, s’étendre et proliférer.
Aux yeux de Jésus, ce qu’il faut viser d’abord, c’est la conversion profonde, la conversion du cœur pour la colère, la conversion des lèvres pour l’insulte et la conversion de l’intention pour la malédiction. Pourquoi tout ça? Parce que la loi du Seigneur est une loi d’amour, et que l’amour commence par le calme au lieu de la colère, par la bienveillance au lieu de l’insulte, par la bénédiction au lieu de la malédiction. Aux yeux de Jésus, tout passe par la priorité absolue de la charité.
On peut facilement se culpabiliser à partir de cet évangile, et la culpabilité est toujours dangereuse à mes yeux. Il faut apprendre à faire la différence entre la misère qui nous habite et le péché. La misère, c’est un paquet de sentiments qui se réveillent en nous et bien malgré nous. Ça pourrait bien être le cas de l’agressivité qui, au fond, nous agresse nous-mêmes en premier. Ces misères, on peut les apporter au Christ sur l’autel pour qu’il les emporte dans sa victoire sur la mort. Le péché, c’est différent. C’est quand on s’enferme volontairement dans un sentiment négatif, quand on verrouille son cœur à une femme ou un homme qui voudrait la paix. De temps à autre, il faut demander à l’Esprit Saint de nous aider à y voir clair.
C’est un message de paix et d’amour que le Prince de la paix nous livre aujourd’hui, non pas la paix qui est absence de guerre, mais la paix qui est présence d’amour de Dieu. Tout, dans la création, nous enseigne la grandeur, la beauté et la bonté de Dieu : le soleil du matin, les fleurs qui s’épanouissent, la brise légère; et c’est pour tout le monde. Ce que Dieu fait pour nous, il le fait pour les autres, même pour ceux ou celles qu’on a du mal à aimer. « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Matthieu 5, 45)
Celui qui se donne entièrement à nous dans cette Eucharistie nous appelle à faire comme lui, à donner le meilleur de nous-mêmes aux autres, à tous les autres, même à ceux et celles qu’on a du mal à aimer.
