Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 21 Mars 2018
( Jean 8, 31-42 )
« La vérité vous rendra libres », dit Jésus,
et on lui répond « Nous n’avons jamais été esclaves de personne! »
Drôle de réponse venant des juifs qui ont été plus souvent qu’à leur tour asservis et qui, au temps de Jésus, le sont encore par les Romains. Mais ils étaient tellement fiers d’appartenir au peuple choisi qu’ils avaient la force de ne pas plier l’échine. Malgré tout Jésus ne revient pas sur son affirmation. Ils sont peut-être libres politiquement, mais ils sont esclaves de toutes sorte d’oppressions qu’ils portent en eux.
« Je vous le dis, qui commet le péché est esclave du péché », leur disait Jésus.
Déjà au 2e siècle, Origène qui était un prêtre et théologien explicitait ces mots de Jésus en écrivant :
« Comment pouvons-nous trouver cette liberté, nous qui sommes les esclaves du monde, les esclaves de l’argent, les esclaves des désirs de la chair? Tant que je suis lié par une de ces attaches, je n’ai pas atteint la vraie liberté. »
« Même si je ne suis pas dominé par l’amour de l’argent, même si je ne suis pas lié pour le souci des biens et des richesses, je suis cependant avide de louange et désireux de la gloire humaine… Quand je me soucie des paroles que les hommes disent de moi, quand je crains de déplaire à l’un et désire plaire à l’autre. Tant que j’ai ces préoccupations, je suis leur esclave. »
Il n’y a pas à dire, ces mots écrits au 2e siècle ont toujours leur actualité.
Ce n’est pas croyable la perte de liberté qu’on peut subir quand on a comme seul but d’être aimé, admiré ou considéré. On m’a raconté l’histoire d’un adolescent qui avait refusé de sortir de chez lui pendant deux ans, croyant que l’amour n’existait pas. Et puisque personne ne l’aimait, il avait envisagé de se suicider. Plus tard, il a reconnu qu’il avait agi par orgueil et que cette période de sa vie avait été un véritable enfer.
Je vous donne un autre exemple. Une des occupations favorites des humains, c’est de juger les autres. Mais une fois qu’on a catalogué quelqu’un, on devient prisonnier de notre jugement. On ne peut plus se contredire, on ressent le besoin de se justifier.
On voudrait bien se libérer de ces formes d’esclavages, parvenir à cette liberté dont nous parle saint Paul quand il dit aux Galates :
« Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. » (Galates 5,13)
En nous disant que le Fils demeure toujours dans la maison, qu’il est chez lui dans la maison de Dieu, Jésus veut nous faire comprendre qu’il est complètement Fils et, par conséquent, complètement libre. Et il vient nous dire, ce matin, qu’il est là pour nous libérer de nos servitudes, qu’il vient pour nous donner la liberté.
« Si c’est le Fils qui vous rend libres, alors vous serez vraiment libres. »
La liberté pour Jésus, c’est donc une manière d’être fils et fille de Dieu à son image. Nous sentir chez nous près de Dieu, à la manière de Jésus, c’est une grâce à recevoir, une grâce que nous accueillons quand il vient nous dire son pardon et sa miséricorde, une grâce que nous accueillons encore quand nous prenons avec joie les cadeaux sans mesure qu’il veut nous donner comme celui qu’il nous fait, en ce moment, dans cette eucharistie.
