21 Mai 2018 -Sainte Marie, Mère de l’Église – Jean 19, 25-27

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 21 Mai 2018 – 1er Lundi après la Pentecôte – Sainte Marie, Mère de l’Église

( Jean 19, 25-27 )

 

« Près de la croix de Jésus se tenait sa Mère, avec la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. »
Quatre femmes qui ne pouvaient pas empêcher Jésus de souffrir, de mourir, mais elles étaient là pour lui, avec lui, présentes plus que jamais, vivant cette mort absurde de Celui qui était passé en ne faisant que du bien.
C’est certain qu’on ne peut pas vivre les mêmes émotions que ces femmes, mais on peut prendre au sérieux cette folie de Dieu en se disant : « Il m’a aimé, il s’est livré pour moi ».

 

Quatre femmes au pied de la croix ! Trois qui portaient le nom de « Marie » ! Mais une seule avait porté, nourri, et élevé Jésus, sa mère, Marie. Quatre femmes qui souffraient au pied de la croix, mais une seule y entrait avec l’amour d’une mère, avec la foi sans faille de la Servante du Seigneur, avec la sainteté d’une femme rachetée d’avance pour son Fils.

 

Depuis des mois, Marie sentait se resserrer sur son Fils l’étau de la haine. Elle voyait bien que son fils faisait face à l’hostilité et à l’ingratitude. Les cris de haine et de mort qu’elle entendait contre lui résonnaient comme autant d’épées qui pénétraient dans son cœur de mère. Personne mieux qu’elle ne pouvait comprendre l’intention du Christ. Personne mieux qu’elle ne pouvait entrer dans le dessein bienveillant de Dieu et collaborer au salut qu’il accomplissait dans le Christ.

 

Alors que Jésus était sur la croix, une femme était au rendez-vous, l’humble jeune fille de Nazareth, sa mère qui avait porté dans le silence les joies et les peines de son ministère. Elle avait compris les choix de son Fils et savait bien ce qui l’attendait. Elle continuait de porter dans le silence ce qui demeurait encore bien mystérieux dans le dessein de Dieu.

 

À ce moment-là, avec le peu de force qui lui restait, Jésus fait preuve d’une immense délicatesse envers sa mère en lui révélant la portée universelle de son amour et le rôle inouï qu’elle jouerait dans l’histoire du salut. À celle qui l’avait suivi jusqu’au bout dans les douleurs, il fait le don d’une nouvelle mission.

 

C’est révélateur qu’on ait choisi le lendemain de la Pentecôte pour fêter « Sainte Marie, Mère de l’Église ».
Elle avait déjà commencé sa mission maternelle en priant avec les Apôtres au cénacle dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint.[1]  En disant à sa mère
« Femme, voici ton fils »,
Jésus attachait le regard de sa mère sur chacun de nous, comme autant de fils et de filles qui lui étaient donnés. C’est comme s’il disait à sa mère « c’est moi que tu continueras d’aimer en aimant mes fils et mes filles sur terre. » Ce jour-là, l’humble femme de Nazareth voyait s’agrandir sa maternité aux dimensions du monde.

 

Quand nous rejoignons Marie et le disciple que Jésus aimait au pied de la croix, le Christ nous reconnaît comme ses disciples, comme ses bien-aimés. Et, en nous montrant Marie, femme forte et courageuse, il nous dit à tous :
« Voici ta mère. Aime-la pour l’amour de moi ».
Désormais nous savons, par une promesse solennelle de Jésus, que sa propre Mère serait avec nous et se pencherait sur nous autant dans nos joies que dans nos épreuves.

 

La passion du Christ, c’est une passion d’amour. Tout ce qu’il avait reçu de son Père, il nous le donne en partage. Et, ce jour-là comme aujourd’hui, il nous offre ce qu’il a de plus précieux, l’amour de sa mère capable de tout partager et de tout offrir. Le lien le plus précieux que le Christ vivait avec sa mère, il nous l’offre, nous le propose parce que c’est auprès d’elle qu’on peut apprendre à assumer nos croix.

 

Prenons « chez nous » celle que Jésus nous a donnée avant de s’enfoncer dans la mort pour surgir à une vie nouvelle.
Et Marie, la mère de Jésus, nous prend à son tour chez elle pour que, chez elle,
dans le quotidien de notre Nazareth,
nous apprenions, comme elle l’a appris, le chemin des Béatitudes.

 

[1] (DÉCRET sur la célébration de la bienheureuse Vierge Marie Mère de l’Église dans le Calendrier Romain Général)