Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 21 Janvier 2018
3e SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE « B » ( Marc 1, 14-20 )
Liturgie des Heures semaine : III
La première lecture nous ramène, ce matin, à la merveilleuse histoire de Jonas, un brave prophète juif. Dieu lui demande d’aller livrer un ultimatum à Ninive. Et Ninive, une grande ville puissante, la capitale de l’empire le plus dangereux, est le pire ennemi d’Israël. Pour un prophète comme Jonas, c’est une mission impossible. Mais, après les aventures que nous lui connaissons, Jonas décide finalement d’accomplir sa mission. Il s’en va à Ninive sans doute rempli de peur, la peur de se faire massacrer, mais à sa grande surprise, tous les gens de Ninive l’écoutent et se convertissent.
La destruction que Jonas avait annoncée ne se réalise pas parce que Dieu avait renoncé « au châtiment dont il les avait menacés ». Jonas trouve que cette décision est bien malheureuse et se met en colère :
« Je l’avais bien dit quand j’étais encore dans mon pays… « Je savais bien que tu es un Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment ».
Mais Dieu lui répond :
« Une chance pour les gens de Ninive que je ne suis pas comme toi. »
Dans toute cette histoire, c’est Jonas qui a le plus de mal à se convertir.
On connait bien les aspects merveilleux de cette histoire pleine d’humour, mais on oublie souvent les beaux messages qu’elle contient.
Je viens tout juste de le dire! Il y a d’abord un beau message de pardon. Notre Dieu « est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour ». Au temps de Jonas, on savait déjà que personne n’était jamais définitivement condamné, que Dieu n’attendait qu’un geste pour pardonner, que des cœurs ouverts à sa parole de pardon.
Le deuxième message, c’est que notre Dieu est le Dieu de l’univers. L’histoire de Jonas a été écrite à une époque où tous les prophètes rappelaient au peuple élu que c’était toute l’humanité que Dieu voulait sauver parce qu’il est un Père qui se soucie de tout le monde, surtout les plus loin.
L’histoire de Jonas vient nous dire que Dieu est partout, que sa présence ne se limite pas à un lieu, à un pays, ni même à une religion. Il se veut présent à tous même aux étrangers comme les ninivites. Et puisque sa présence est universelle, on peut le prier partout. Jonas prie sur un bateau, dans le désert, dans le ventre d’un gros poisson. Tout, pour nous dire qu’on peut prier Dieu au-delà de n’importe laquelle frontière.
Le troisième message peut nous déranger. Contrairement à Jonas, tous les gens de Ninive se sont convertis rapidement. Ceux qu’on considère comme des païens et des pécheurs sont souvent plus prêts que nous à écouter la Parole de Dieu. On voit des gens très loin de l’Église se convertir à Jésus Christ alors que d’autres, trop imbus de leurs connaissances et de leurs certitudes ne bougent pas le petit doigt.
J’ai déjà vu sur les murs d’une catacombe à Rome, des dessins réalisés par les premiers chrétiens, comparant Jonas et Jésus. C’est vrai qu’il est question de Jonas à plusieurs reprises dans l’évangile. Comme Jonas, Jésus proclame la Bonne « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ». Les pêcheurs que Jésus appelle, Simon et André, Jacques et Jean laissent tout tomber et le suivent « aussitôt », aussi vite que les gens de Ninive. Pour eux, c’est le début d’un grand amour, d’une bonne nouvelle qui a transformé toute leur vie.
La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu, en Jésus, se fait proche des plus petits, des plus pauvres, des plus malheureux pour les appeler à vivre pleinement. En lui, c’est Dieu qui vient nous libérer de toutes nos chaînes, de nos esclavages, de tout ce qui nous aveugle et nous dégrade. En lui, c’est Dieu qui se tient devant nous, pas pour nous juger, mais pour nous guérir, nous révéler comment il est tendre et miséricordieux, pour nous relever. Il est comme le Père du Fils prodigue qui ne demande qu’à pardonner à son enfant dès que celui-ci voudra bien revenir. La grande joie de Dieu, ce qui compte le plus pour lui, c’est notre bonheur.
Prions ensemble les uns pour les autres. Que le Seigneur nous rende plus attentifs à ses appels. Qu’il nous donne plus de générosité pour y répondre et qu’il fasse de nous des artisans de paix, d’unité et de réconciliation partout où nous vivons.
