Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 Avril 2018 – Vendredi 3e Semaine de Pâques
( Jean 6, 52-59 )
Je commence par une question. Quelle différence y a-t-il entre un repas et un banquet?
Vous n’aurez pas besoin d’une invitation pour aller dîner tantôt, mais vous aurez besoin d’une invitation pour participer à un banquet. Chaque jour et particulièrement le dimanche, Jésus nous invite à un banquet spécialement préparé pour nous. Celui qui nous invite est non seulement celui qui est descendu du ciel, mais il vient nous dire en plus ce qu’il y a au menu de ce banquet; le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.
C’est quelque chose être invité à un banquet. On comprend que celui qui nous invite éprouve de la considération pour nous, ce qui fait qu’on se sent important, que ça nous donne de la dignité. On n’est pas n’importe qui. Ça nous sort de la routine, ça nous donne de la joie, ça nous revitalise.
Quand je vais vous présentez une hostie tantôt en disant « le Corps du Christ », vous allez répondre « Amen ». Autrement dit, vous allez répondre, c’est bien ça, je me sens privilégié d’être invité à ce banquet par celui qui est descendu du ciel, de pouvoir prendre cette nourriture exceptionnelle, ce pain qui est la chair du Christ qui me donne sa vie.
C’est justement ça le grand défi de ce petit morceau de pain, laisser le Christ transformer nos vies. On pourrait bien avoir une bonne connaissance de la liturgie, être capable de citer des passages du catéchisme, connaître Jésus comme les gens de Nazareth, mais si Jésus n’influence en rien nous vies, le geste de tendre la main ne sera qu’un geste pieux.
Dire « amen » au Corps du Christ, c’est reconnaître que Jésus nous habite; c’est nous engager à ni sa Parole ni ce pain en le gardant pour nous tout seul. Dire « amen » en prenant ce pain qui est le Corps du Christ, c’est nous engager à devenir nous-mêmes du pain, à devenir nourriture spirituelle et même matérielle pour les gens qui nous entourent.
Saint Vincent de Paul disait qu’il ne manquait d’envoyés dans l’Église puisque tous les baptisés sont des envoyés. Le problème disait-il, c’est que les envoyés se contentent de manger le Christ sans s’engager à le faire connaître. Normalement, quand on participe à un banquet, on va aimer parler des personnes avec lesquelles on a participé, et on va aimer raconter ce qu’il y avait de particulier au menu, décrire ce que nous avons mangé. Quand on participe au banquet de l’Eucharistie, on devrait pouvoir dire
« À ce banquet, j’ai rencontré Jésus, l’être le plus extraordinaire qui soit. »
L’Eucharistie nous engage à annoncer le Christ pas comme si on voulait imposer de nouveaux devoirs aux autres, mais comme quelqu’un qui offre un banque désirable, mais comme quelqu’un qui veut partager sa joie.
Quand nous prenons un repas, c’est pour prendre des forces, nous soutenir, être en mesure de poursuivre notre route. Quand nous mangeons le pain de l’Eucharistie qui est le Corps du Christ, nous reconnaissons que nous sommes des êtres en train de croître, que nous sommes toujours en train de naître à Jésus. On a un beau témoin dans le prophète Jean-Baptiste qui disait à ses disciples :
« Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jean 3,29-30)
Ça pourrait bien être notre prière ce matin :
« Seigneur, je veux que tu grandisses en moi et que moi je diminue. »
