Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Avril 2018 – JOUR DE PÂQUES
SEMAINE OCTAVE DE PÂQUES ( Jean 20, 1-9 )
Liturgie des Heures semaine : I
Étonnant cet évangile! On pourrait même dire « décevant ». Le jour même où on célèbre la résurrection de Jésus, on aurait pu s’attendre à un récit merveilleux où on verrait Jésus resplendissant d’une gloire encore plus grande qu’au jour de sa transfiguration « quand son visage devient brillant comme le soleil et ses vêtements, blancs comme la lumière. » (Matthieu 17,2) Ce qui est encore plus étonnant dans les récits de la résurrection, c’est qu’on annonce que Jésus est vivant alors que souvent, il n’est pas là, et s’il est là, ses disciples ont bien du mal à le reconnaître. Comme je vous le disais, hier soir, la résurrection du matin de Pâques, c’est, pour les disciples de Jésus, une expérience d’absence, de doute et souvent de peur.
En ce jour de Pâques, jour où on veut célébrer la résurrection de Jésus dans la joie, l’Église nous donne un évangile et force est bien de constater que Jésus n’est pas là non plus. Pas de témoins que le voient en train de ressusciter, pas d’ange assis sur la pierre, pas de soldats tremblants de peur. Tout ce qu’on nous dit, c’est que trois personnes, Marie Madeleine, Pierre et Jean découvrent un tombeau vide, le corps de Jésus n’y est plus.
Vraiment, on ne peut pas dire que les évangélistes ont joué à la cachette, qu’ils ont cherché à nous cacher les hésitations et l’incrédulité des premiers témoins. On a même l’impression qu’ils viennent nous dire que c’est bien normal de se poser des questions et d’avoir des doutes. La foi ne surgit pas après des preuves évidentes. On ne peut pas prouver que le Christ est ressuscité. On y croit où on n’y croit pas.
Ce matin-là, vient de nous dire saint Jean, trois personnes vont au tombeau, constatent qu’il est vide, le corps de Jésus est disparu.
Trois personnes, trois manières de regarder, trois manières de voir ou de ne pas voir.
Elles nous permettent de nos poser une question :
« Moi, à qui ressemblons-nous le plus, à Marie Madeleine, à Pierre ou à Jean? »
Est-ce que nous ressemblons à Marie Madeleine? Elle s’en va au tombeau de bonne heure, se rend compte que la pierre est roulée, prend ses jambes à son cou pour aller trouver Pierre et le disciple que Jésus aimait et leur dire :
« On a enlevé le Seigneur de ton tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé », comme si elle leur disait « je ne sais plus où le chercher. »
On pourrait bien lui ressembler, ne plus savoir où chercher le Seigneur, et, par voie de conséquence, on en reste là avec nos espoirs déçus et nos rêves brisés.
Est-ce que nous ressemblons à Simon-Pierre? On voit déjà que Jean le respecte, il attend à l’entrée du tombeau pour que Pierre puisse y entrer le premier. Pierre voit les linges posés à plat, le linceul qui est roulé à part à sa place. Vraiment, si quelqu’un avait enlevé le corps de Jésus comme le pense Marie Madeleine, il n’aurait sûrement pas pris le temps de bien replacer les linges comme ça. Mais Pierre n’arrive pas à entrer dans la lumière de la résurrection. On pourrait bien, comme lui, voir des signes, mais sans être capables d’y voir la présence, des manifestations du Seigneur.
Est-ce que nous ressemblons à Jean? « Il vit, et il crut ». Je pense que oui.
Nous croyons que Jésus qui était mort est maintenant vivant, mais vivant autrement. Autrement parce qu’en ressuscitant, il ne retrouve pas la vie qu’il avait avant de mourir, autrement, comme Lazare, il aurait dû mourir une deuxième fois. Croire à la résurrection c’est croire que Dieu s’est emparé de la mort de Jésus pour y faire éclater la vie, une vie éternelle et sans fin. Croire à la résurrection, c’est aussi croire que, moi aussi, je suis appelés à ressusciter, à trouver une vie nouvelle et éternelle, à retrouver ceux et celles qui m’ont précédé dans la mort.
On dit souvent que personne n’est revenu « de l’autre côté » pour nous dire si c’était vrai.
Et pourtant, il y en a un qui est revenu, c’est le Christ, le Christ ressuscité le matin de Pâques.
Il nous invite ce matin à nous tenir debout, à prendre la vie au sérieux, à aider les gens autour de nous à vivre, à aimer comme lui a aimé.
C’est le chemin qui conduit à la résurrection, à la vie éternelle.
