Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 18 Février 2018
1re SEMAINE DU CARÊME « B » ( Marc 1, 12-15 )
Liturgie des Heures semaine : I
Pas un grand bavard, saint Marc! Un évangile très court, mais tellement riche!
Il commence par nous dire :
« Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert »,
au royaume du grand silence, tantôt brûlant et tantôt glacial, lieu d’épreuves qui met les nerfs à vif. Nous en faisons un peu l’expérience quand on vit dans l’inquiétude et des peurs de toute sorte, quand une voix intérieure nous fatigue avec ses doutes.
C’est bien ce qu’avait vécu le peuple d’Israël autrefois, quand il avait été soumis à toute sorte de tentations dans le désert, se plaignant tout le temps pour en finir à adorer un veau d’or. Très surprenant l’évangile! Jésus vient d’être baptisé, l’Esprit est descendu sur lui, il est désigné comme le Fils bien-aimé, et tout de suite après l’Esprit de Dieu le conduit au désert, vers l’esprit du mal puisque, pendant quarante jours, il est tenté par Satan.
C’est bien clair que Saint Marc veut nous faire comprendre que Jésus entreprend une lutte sans merci contre le mal, ce qu’il fera toute sa vie.
En ce premier dimanche du carême, nous sommes invités à le suivre dans son combat contre le mal, le mal qui est en nous et celui qui est autour de nous.
Et saint Marc poursuit en nous disant que Jésus « vivait parmi les bêtes sauvages et que les anges le servaient ».
N’allez pas vous imaginer que c’est un petit détail! Les bêtes sauvages et les anges! La création d’un bout à l’autre, du pire au plus beau! Les prophètes avaient toujours annoncé une sorte de paix universelle, une création où règnerait l’harmonie, un ordre bienfaisant pour tous les êtres, depuis les bêtes sauvages jusqu’aux créatures célestes. Par exemple, le prophète Isaïe disait :
« Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. » (Isaïe 11, 6-8)
Saint Marc va encore plus loin dans son message en nous disant que « Les anges le servaient ».
Le contraire de ce qui s’est passé lors de la première création où on voit le Seigneur expulser l’homme du paradis terrestre et poster des anges pour en garder l’accès. (Genèse 3,24) Les anges servent Jésus parce qu’il est l’homme nouveau, parce qu’il vient inaugurer une création nouvelle, et recréer les hommes et les femmes à son image.
En ce début de carême, Marc nous invite à suivre Jésus, à embarquer dans la construction de ce monde nouveau, à le construire en nous et autour de nous.
Tout nous dit que Jésus vient dans notre monde pour conclure une nouvelle alliance. Ce n’est pas pour rien que la première lecture nous racontait qu’après le déluge, le Seigneur établit son alliance avec l’humanité, une alliance dont il se souviendra toujours. Il dit à Noé « Je mets mon arc au milieu des nuages ». C’était très parlant pour les anciens, l’arc était pour eux une arme de guerre. Autrement dit, Dieu dit à Noé, fini la guerre.
L’arc-en-ciel deviendra un signe d’alliance. C’est ce que Jésus vient faire, une alliance de paix; il veut nous guérir à tout jamais de l’envie de détruire.
Encore une façon de nous dire, qu’en début de ce carême, nous sommes invités, comme Dieu, à déposer nos arcs de guerre, nos rivalités, nos rancunes et nos chicanes pour recommencer à vivre dans la paix du Christ.
On comprend dès qu’à la fin de l’évangile saint Marc nous dise :
« Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle! »
Autrement dit, marchez dans le projet de Dieu qui veut des hommes et des femmes qui, même s’ils sont pécheurs, vont poursuivre l’œuvre de Jésus en manifestant :
que Dieu est pluie, là où règne la sécheresse;
qu’il est abondance, là où sévit la famine;
qu’il est amour, là où existe la solitude.
qu’il est partage, là où on amasse la richesse;
qu’il est service, là où sévit le pouvoir;
qu’il est liberté, là où on durcit la loi.
Un beau carême devant nous!
Je nous le souhaite très bon!
