Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 Avril 2018 ( Luc 24, 35-48 )
3e Dimanche de Pâques « B »
Liturgie des Heures : semaine : III
« Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route. »
Ils avaient été témoins du procès de Jésus, de sa condamnation à mort sur une croix; ils avaient rencontré les femmes qui, le matin de Pâques, avaient trouvé le tombeau vide; ils savaient que Pierre et Jean s’étaient rendus au tombeau pour le trouver vide eux aussi. C’en était assez et ils décident de retourner dans leur village. Pendant qu’ils marchaient, Jésus se joint à eux sur la route; ils ne le reconnaissent pas, mais ils lui parlent de leurs déceptions et Jésus leur explique les Écritures. Ils l’invitent à rester avec eux et le reconnaissent à la fraction du pain. Sans tarder et même s’il fait nuit, ils retournent à Jérusalem l’annoncer aux apôtres qui leur disent
« C’est bien vrai! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Pierre. »
C’est le début de l’évangile d’aujourd’hui! Ils en parlaient encore quand Jésus se trouve avec eux. « Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit ». Plutôt surprenant! Ils viennent de voir Jésus, Pierre aussi. Comment peuvent-ils dire qu’ils ont vu Jésus et le prendre tout de suite après pour un esprit, un fantôme? La grande préoccupation de saint Luc, c’est de témoigner que Jésus n’est pas un esprit, mais qu’il est bel et bien ressuscité avec son corps.
On peut le comprendre. Il a écrit son évangile pour les Grecs et les Grecs ne croyaient pas à la résurrection des corps. Saint Paul en avait fait l’expérience. Quand il est allé en Grèce annoncer la résurrection du Christ, les Grecs lui répondaient :
« On va t’écouter une autre fois là-dessus. »
Leur grand philosophe, Platon, parlait de l’immortalité de l’âme, mais il ajoutait qu’au moment de mort, l’âme quittait la « prison du corps ».
En bon médecin qu’il était, habitué à ausculter les corps, saint Luc insiste avec plein de détails réalistes sur les aspects corporels de Jésus ressuscité : les mains, les pieds, les cicatrices!
« Touchez-moi… regardez. » « Un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. »
Jésus leur demande « Avez-vous ici quelque chose à manger. Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé; il le prit, et le mangea devant eux. »
C’est bien clair! Luc affirme haut et fort que Jésus ressuscité n’était pas un esprit, que le ressuscité le matin de Pâques, c’est celui qui avait été mis sur une croix le vendredi précédent.
Si saint Luc a écrit son évangile pour des Grecs, ça ne veut pas dire qu’on n’est pas concerné. Pour nous aussi l’être humain est composé d’un corps et d’une âme. De là à penser que c’est seulement notre âme qui va aller au ciel, il n’y a pas loin. La résurrection de Jésus avec son corps, c’est la résurrection qui nous est promise. C’est tout notre être, corps et âme, qui sera transformé au moment de la résurrection.
« Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien », disait Saint Paul.
En marchant avec les deux disciples sur la route d’Emmaüs, Jésus leur a réchauffé le cœur en leur expliquant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » On trouve presque la même phrase dans l’évangile d’aujourd’hui : « Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. » Ça aussi, ça me paraît bien important.
Qu’est-ce que ça veut dire? On se doit de chercher à découvrir toute la profondeur de la Parole de Dieu, à voir comment tout l’évangile s’inscrit dans le grand projet d’amour de Dieu depuis les tout débuts de l’humanité. On peut bien se contenter, par exemple, de regarder une toute petite goutte d’eau, et pourtant les chercheurs sont en mesure d’y découvrir un monde de molécules, de bactéries. On peut se contenter de regarder une scène bien ordinaire, alors que les poètes et les artistes y voient un monde plein de beauté et de poésie.
En ce temps de Pâques, demandons au Ressuscité de nous donner toujours plus le goût de la Parole de Dieu, de nous en nourrir, de savoir l’accueillir dans notre cœur, pour qu’elle nous réchauffe en nous faisant mieux comprendre le sens de notre vie et y trouver un avant-goût de notre propre résurrection.
