Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 11 Février 2018
JOURNÉE MONDIALE DES MALADES
6e SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE « B » ( Marc 1, 40-45 )
Liturgie des Heures semaine : II
« Un lépreux vient trouver Jésus.
Vous le savez sans doute, au temps de Jésus, la lèpre était considérée comme une maladie terrible. On croyait qu’elle était contagieuse et par conséquent, dangereuse pour les autres. Aussi, les lépreux devaient toujours se tenir à bonne distance des autres, comme il fallait que le lépreux se tienne toujours à une bonne distance des autres, comme nous le faisait remarquer la 1ière lecture
« Il habitera à l’écart… et il criera « Impur! Impur! ».
Et comme si ce n’était pas assez, on était convaincu que les lépreux subissaient le châtiment de Dieu parce qu’ils avaient commis une faute. Une raison de plus pour l’exclure de la communauté parce qu’ils mettaient en danger la sainteté des autres.
Exclu de toute relation humaine et de toute consolation religieuse, il ne leur restait qu’à pleurer sur eux-mêmes, comme on pleure sur un mort. Il faut bien comprendre toute cette réalité des lépreux pour saisir toute la profondeur de l’évangile que nous venons d’entendre et la profonde compassion de notre Dieu.
« Un lépreux vient trouver Jésus. »
Absolument interdit à l’époque! Saint Marc prend soin de noter que Jésus jette sur ce malheureux qui désobéit à la loi, un regard de compassion.
« Saisi de compassion, Jésus étendit la main »,
nous dit-il. Quelle puissance d’accueil chez Jésus! Rien ne l’arrête! Rien ne le dégoûte! Rien ne lui fait peur! C’est à retenir! Cette puissance d’accueil, Jésus l’a toujours pour nous.
Si le lépreux pose un geste interdit en approchant de Jésus, Jésus fait de même. Lui aussi pose un geste scandaleux pour les gens de son temps. Il ose toucher celui qu’il est interdit de toucher et lui dit :
« Je le veux, sois purifié ».
Derrière ces mots et ce geste tout simple de Jésus, il y a comme un abîme, quelque chose d’infini qui nous dépasse complètement. En Jésus, c’est le Bon Dieu fait homme qui s’approche d’une chair putréfiée et d’un cœur pourri pour y déposer quelque chose de lui-même, de sa divinité, de sa sainteté. On voit que l’humanité de Jésus est porteuse de vie.
Cette rencontre extraordinaire entre Jésus et le lépreux, entre Dieu et l’homme se réalise à travers un geste et une parole :
« Jésus parle et touche ».
Tous les sacrements que nous célébrons trouvent en Jésus leur source et leur efficacité, et ils sont accomplis de la même manière, par une parole et un geste.
Hier, en célébrant le sacrement des malades, j’ai imposé les mains, fait une onction d’huile en disant :
« Par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Amen. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève. Amen. »
Une parole et une geste à la manière de Jésus dans l’évangile. Dans tous les sacrements que nous célébrons, le Bon Dieu qui vient nous rencontrer pour nous donner quelque chose de sa divinité, comme Jésus l’a fait avec le lépreux de l’évangile.
Il y a quelque chose de choquant dans l’évangile. Au début, on découvre toute la puissance d’accueil de Jésus qui guérit, puis à la fin, pour traduire à la lettre, Jésus le rudoie et le foute dehors. » Comment comprendre cette contradiction?
Quand Jésus chasse les démons, il fait la même chose que pour le lépreux : il lui ordonne de se taire et le foute dehors. Jésus ne pense pas que le lépreux est malade à cause d’un péché qu’il aurait commis, mais en le regardant, Jésus voit un autre mal qui défigure l’humanité, une autre maladie qui gangrène le cœur humain, la lèpre du péché qui fait que tant de lieux sur la terre sont de véritables enfers. C’est contre cette maladie qui nous touche que Jésus vient nous libérer.
Et pour y arriver, il ira jusqu’à s’identifier à notre humanité déchirée : parlant de lui, le prophète Isaïe disait : « … méprisé, abandonné de tous, homme des douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne… frappé de Dieu et humilié » (Isaïe 3,3-4). Jésus se fait semblable au lépreux pour nous libérer jusqu’au plus profond de notre être.
Derrière le récit tout simple de l’évangile, on découvre une extraordinaire Bonne Nouvelle, celle d’un Dieu libérateur ! Remercions le Seigneur qui vient nous révéler sa puissance extraordinaire de libération. Et pourquoi ne pas lui adresser la même prière que le lépreux :
« Si tu le veux, tu peux me purifier. »
