Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 Mars 2018
( Luc 18, 9-14 )
Les deux hommes, dans la parabole de Jésus, ont plusieurs choses en commun! Les deux vont au Temple, les deux sont là pour prier, les deux s’adressent au même Seigneur. Mais quelle différence entre les deux! Quelle différence dans leur prière! Quelle différence dans leur manière de voir de Dieu! Et quelle différence dans leur manière de voir les autres!
Le premier, le pharisien, c’est du bon monde aux yeux des gens. Il va plus loin que ce que demande la Loi. Il jeûne deux fois par semaine, il donne le dixième de ses biens au Temple. Il est tellement convaincu d’être juste qu’il ne demande rien à Dieu. On ne peut pas dire qu’il prie, il fait de l’autocontemplation. Il fait l’éloge de ses propres vertus, l’étalage de ses bonnes œuvres jusqu’à faire l’examen de conscience du deuxième homme, le publicain.
Tout centré sur lui-même, non seulement le pharisien se coupe de Dieu, il se coupe des autres. Pour lui, les autres sont des voleurs, des gens injustes qui ont des aventures avec les femmes des autres. Les autres ne sont pas des frères pour lui, mais des coupables, des pécheurs qu’il ne faut pas fréquenter, des gens à rejeter. Il va jusqu’à s’imaginer que Dieu l’a choisi, lui, en éliminant tous les autres comme si le cœur de Dieu était trop petit pour aimer tout le monde. Il personnifie tout le contraire de ce qu’est la mission de Jésus qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Le deuxième homme, le publicain, a une très mauvaise réputation, et avec raison. Comme collecteur d’impôt, il collabore avec les Romains; il s’est enrichi au détriment des plus pauvres. Il ne vient pas devant Dieu pour se vanter, mais pour lui confier toute sa misère. C’est un homme déchiré intérieurement. Il se tient à distance comme quelqu’un qui n’aurait pas droit à l’amour de Dieu, et pourtant il vient parce qu’il sait que l’amour, ce n’est pas une question de droit. Il n’ose pas lever les yeux de peur de rencontrer un regard qu’il ne serait pas capable de supporter, le regard chargé d’amour de Dieu, d’un amour tellement immérité! Il était un de ces hommes qui pouvaient se reconnaître dans la béatitude de Jésus qui déclarait « Heureux, les pauvres de cœur! » Ce pauvre homme attend tout de Dieu et, pour cette raison, Dieu peut tout pour lui.
Nous ressemblons au publicain quand nous venons à la messe. Nous commençons notre célébration en reconnaissant nos faiblesses et en faisant appel à la miséricorde du Seigneur. Et nous le faisons encore au moment de nous approcher pour la communion.
Jésus nous révèle à nouveau que Dieu est pardon, qu’il offre tout son amour à tous ceux et celles qui sont humbles devant lui et devant les autres. En écoutant cet évangile, on peut penser à ces grands témoins de la foi qui ont accueilli la Bonne Nouvelle du pardon : Pierre, le premier des apôtres qui avait renié trois fois, Paul, un persécuteur de l’Église et un pharisien converti qui s’en est remis totalement à Dieu qui, seul, pouvait le sauver.
Dans cette histoire qu’il nous raconte, le Christ nous lance un appel : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » Il nous confie à tous un ministère de pardon et de réconciliation. Demandons au Seigneur d’être toujours avec nous, et nous toujours avec lui pour que nous soyons les messagers de sa miséricorde.
