Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 7 Mars 2018
( Matthieu 5, 17-19 )
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »
La Loi et les Prophètes, c’est tout l’Ancien Testament. Jésus et l’évangile, c’est le Nouveau. J’ai souvent remarqué qu’on opposait les deux en affirmant que l’Ancien Testament, c’était dépassé et que seul le Nouveau avait de la valeur. Pourtant, il ne faut jamais les opposer, parce que le Bon Dieu n’a jamais eu qu’un seul dessein d’amour sur l’humanité.
Jésus n’a jamais eu conscience de détruire ou d’abolir la Loi; au contraire, il a voulu la sauver, l’améliorer en lui redonnant toute sa profondeur. Par exemple, il disait que pour éviter le meurtre, qu’il fallait aller à la source en évitant la colère qui, elle, pourrait conduire au meurtre.
Un peu dans la même ligne, il reprochait aux pharisiens de s’attacher à des choses secondaires en négligeant l’essentiel. Il leur disait par exemple : « Vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. » (Matthieu 23, 23)
Il s’opposait aussi aux sadducéens qui ne croyaient pas à la résurrection des morts et qui tenaient le Temple de Jérusalem, centre de la vie religieuse, sous le contrôle de l’occupant romain.
Jésus ne vient pas abolir, mais continuer ce que Dieu avait déjà commencé. Il prend le meilleur de la Loi de Moïse et la suite des grands prophètes, pour tout enraciner dans le grand commandement de l’amour.
On a souvent reproché à Jésus de se lier d’amitié avec les publicains et les pécheurs. Ça ne veut pas dire qu’il approuvait leur manque de valeur morale ou qu’il voulait réduire les normes de la Loi pour que les pécheurs aient la vie plus facile. Au contraire, il voulait les sauver, les aider à s’ajuster à la volonté de Dieu, les conduire vers une vie de justice qui surpasserait celle des scribes et des pharisiens. On l’a vu avec Zachée, avec Matthieu et bien d’autres encore.
Loin d’abolir la Loi, Jésus vient de nous dire :
« Celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements… sera déclaré le plus petit dans le royaume de cieux. »
Comprenons qu’il n’y a rien de petit devant Dieu. Pensons au petit verre d’eau fraîche :
« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Pascal disait qu’à cause de Jésus, il fallait toujours regarder les petites choses comme de très grandes choses.
Au fond, Jésus nous invite à ne pas rêver en couleur. Ce ne sont pas de grandes choses qui remplissent nos journées, mais des petites. Tout dépend du cœur qu’on y met. Sainte Thérèse de Lisieux, quand elle est entrée au Carmel, le faisait sans doute dans l’enthousiasme de son adolescence. Mais ce qui l’attendait, c’était le balai, le lavage, conduire une vieille sœur infirme au réfectoire. La vie la plus simple, c’est celle qui demande le plus d’amour, et l’amour, c’est le cœur de la Loi.
Accomplir la Loi, selon l’Esprit de Jésus, c’est faire en sorte que les petites choses de notre vie deviennent de grandes choses parce que nous les faisons avec amour.
