Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 Mai 2018 ( Jean 15, 9-17 )
6e Dimanche de Pâques « B »
Liturgie des Heures : semaine : II
Aujourd’hui, on revient aux paroles que Jésus a prononcées le jeudi saint, la veille de sa passion. Il savait qu’on allait venir l’arrêter en pleine nuit, lui faire un procès et le mettre la mort. Pas difficile de comprendre qu’à des moments pareils, nos paroles prennent beaucoup d’importance, des paroles qui ont valeur de testament. Ce soir-là, Jésus disait à ses disciples :
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés », et plus loin : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. »
Ces paroles de Jésus, on les connaît beaucoup, peut-être trop, ce qui fait qu’on pense moins à s’y arrêter.
On ne peut pas être plus clair! Jésus veut que ses disciples s’aiment entre eux comme lui les a aimés, et comme le Père a su aimer son Fils. Pas facile d’aimer ! Vous connaissez peut-être les paroles de Gilles Vigneault qui chantait :
« Qu’il est difficile d’aimer…Qu’il est difficile… » C’est vrai qu’il est difficile d’aimer.
Pas facile d’aimer, parce que nous avons du mal à croire que Dieu nous aime. Ça ne date pas d’hier ! C’était la grande tentation d’Adam et Ève au paradis terrestre. Ils se disaient :
« si Dieu nous aimait, il ne nous empêcherait pas de manger du fruit de l’arbre défendu. »
Et depuis ce temps, la même histoire se poursuit : on se fait l’image d’un Dieu qui surveille, qui punit, qui limite notre initiative, qui nous brime dans nos projets. Pour arriver à croire que Dieu nous aime, il faut bien voir que c’est lui, le premier, qui est à l’origine de notre vie, que c’est lui qui nous a lancé dans la vie, que chacun, chacune, nous sommes le fruit de son amour et pas de n’importe lequel amour, amour plus grand que les cieux, chant un psaume.
Ce n’est facile de croire que Dieu nous aime, et pourtant, il s’est littéralement « tué » à nous le montrer. Vous ne voulez pas croire que je vous aime, nous dit-il ? Eh bien, je vais vous montrer que je vous aime, je vais donner ma vie pour vous. C’est cette passion d’amour que nous avons célébrée pendant la semaine sainte.
Quand on réalise qu’on baigne dans l’amour de Dieu, on commence à s’aimer soi-même ; quand on réalise que les autres aussi ont été créés par amour, qu’ils sont profondément aimés par Dieu, on peut commencer à comprendre que nous sommes appelés à les aimer.
Quand saint Luc, dans les Actes des apôtres, décrit les premières communauté chrétiennes, il dit :
« Ils étaient assidus à la communion fraternelle, ils étaient unis, ils mettaient tout en commun, ils partageaient selon les besoins de chacun. »
C’est bien beau ! Pourtant, il ne faut pas croire que c’était bien facile pour les premières communautés chrétiennes. St Jean a écrit son évangile à un moment où il y avait beaucoup de conflits : conflits entre les chrétiens et les païens, conflits entre les disciples de Jean-Baptiste et ceux de Jésus, conflits entre les chrétiens et de nouveaux groupes religieux, conflits entre les responsables des synagogues qui viennent de les jeter dehors et les nouveaux croyants qui se voient obligés de rompre des liens bien précieux.
C’est au cœur de tous ces conflits que Jean rappelle la parole de Jésus :
« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres ». « La marque par laquelle tous les hommes pourront reconnaître si vous êtes mes vrais disciples, c’est l’amour que vous aurez le uns pour les autres. »
Les premiers chrétiens ont écouté Jésus, ça se voyait ! À leur amour, les gens pouvaient reconnaître qu’ils étaient disciples de Jésus. Aujourd’hui, Jésus nous invite à le prendre au mot, à le prendre au sérieux, à faire le pari de l’amour mutuel en nous disant :
« Je vous ai choisis afin que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure. »
Si aujourd’hui, on commençait tout simplement à porter sur les autres un autre regard, si on s’arrêtait pour les écouter, les autres se sentiraient respectés, compris, et aimés. Ça vaut la peine d’essayer avec Celui qui nous donne en partage aujourd’hui son Corps et son Sang en signe de son amour pour tous les hommes, pour chacun et chacune d’entre nous.
