04-mars-2018

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 4 Mars 2018

3e SEMAINE DU CARÊME « B » ( Jean 2, 13-25 )

Liturgie des Heures semaine : III

 

Quand saint Jean écrit cet évangile, le temple de Jérusalem n’existe plus. Il a été complètement détruit par les Romains. Alors, on peut se poser une bonne question. Si le temple de Jérusalem n’existe plus, pourquoi saint Jean a-t-il pris la peine de nous raconter la colère de Jésus qui y fait un gros ménage?

 

Il ne voulait sûrement pas dire aux premiers chrétiens comment se comporter dans leur église. Il n’y en avait pas. Voulait-il leur faire comprendre qu’on ne marchande pas avec le Bon Dieu? Ce serait vraiment étonnant.  Je pense qu’il faut regarder ailleurs, en particulier chez les grands prophètes d’autrefois.

 

Parfois, avant de faire un discours important, ils posaient des gestes d’éclat. J’ai retenu trois exemples :

.  Un jour, le prophète Jérémie alla acheter un beau vase chez un potier. Ensuite, il organisa une réunion de personnes importantes et brisa le vase devant eux en prédisant que Dieu allait les briser de la même manière s’ils ne se convertissaient pas. (Jérémie 18,2-6)

.  Un autre, le prophète Ézéchiel, fit un jour ses bagages, chargea son sac, comme un sac d’exilés, sur ses épaules, fit un trou dans le mur de la ville et sortit devant tout le monde. Quand on lui demanda d’expliquer son geste, il répondit : vous allez connaître l’exil. (Ézéchiel 12,7ss)

 

.  Dans les Actes des Apôtres, on voit un prophète nommé Agabos enleva la ceinture de Saint Paul, se lia les pieds et les mains en déclarant que l’homme à qui appartient cette ceinture sera livré aux nations par les Juifs. (Actes 21,10-11)

 

C’est un geste semblable que Jésus fait dans l’évangile d’aujourd’hui! Quand il fait un fouet avec des cordes, on peut déjà entrevoir le moment où les soldats romains le flagelleront quand il sera livré. Et quand il jette par terre la monnaie des changeurs, on peut penser à Judas qui rendit aux grands prêtres et aux anciens les trente pièces d’argent qu’il avait reçu pour livrer Jésus. C’est d’abord ça le trafic indigne de la maison de Dieu.

 

Quand il parle du temple, Jésus ne parle pas de la bâtisse détruite par les Romains, mais du temple de son corps. « Détruisez ce Temple », leur dit-il. Et c’est ce qui arrivera. Toujours en parlant du Temple de son corps, il ajoute : « et, en trois jours, je le relèverai ». Le Temple de Dieu détruit et rebâti, c’est le corps de Jésus crucifié et ressuscité. Je pense que Saint Jean est en train de dire aux siens :
« Arrêtez de regretter la destruction du temple de Jérusalem, parce que le vrai Temple de Dieu qui a été détruit, c’est Jésus, mis à mort et rebâti trois jours après, le matin de Pâques ».
C’est lui qui est maintenant la maison de Dieu, le vrai lieu de la présence de Dieu, le seul chemin qui conduit vers le Père.

 

« Ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite ». Saint Jean nous laisse entendre qu’en nous attachant au vrai Temple de Dieu qui est le Christ ressuscité, nous devenons nous aussi lieu visible de la présence de Dieu. Saint Paul dira la même chose aux Corinthiens : «  Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? » (1 Cor. 3,16) Saint Pierre abondera dans le même sens en disant : « Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle ». (1 Pi, 2,4-5)

.  Quand on a le sentiment que notre temple est détruit parce qu’on vit des choses pénibles, des événements qui nous font mourir, regardons le Christ, le Temple de Dieu détruit et reconstruit, et supplions-le de nous délivrer de tout ce qui nous fait mal, de ce qui nous fait mourir, de nous reconstruire pas seulement à la fin de notre vie, mais aujourd’hui et maintenant.

 

.  On n’est peut-être pas très à l’aise avec Jésus en colère! Pourtant il a bien raison de se fâcher contre tous ces vendeurs du Temple qui cherchent à faire de nos cœurs une maison de trafic pour les amener ailleurs.
Pendant notre célébration, prions le Seigneur de nous accompagner pour qu’on devienne maison d’accueil et d’amour, maison de prière et de lumière, le Temple de sa présence. Poursuivons notre prière.