Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 03 Mars 2018
( Luc 15, 1-3.11-32 )
Ce n’est pas moi qui vais vous parler de la miséricorde de Dieu aujourd’hui, mais le prophète Michée qui demande au Seigneur d’être le pasteur de son peuple, du troupeau qui lui appartient.
On ne peut pas se tromper sur la miséricorde de Dieu quand il vient nous dire :
« Qui est Dieu comme toi, pour enlever le crime… qui ne s’obstine pas pour toujours dans sa colère. De nouveau, tu nous montreras ta miséricorde… tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés! »
Le prophète nous remet devant la fidélité que Dieu avait promise aux jours d’autrefois. Pas besoin d’en ajouter, c’est clair!
Ce n’est pas moi qui vais vous parler de la miséricorde de Dieu aujourd’hui, mais celui qui est lui-même la Parole de Dieu, le Verbe fait chair, Jésus, qui nous raconte une parabole très connue.
On peut se reconnaître, bien sûr, dans le jeune fils qui réclame son héritage et quitte la maison paternelle. On peut se reconnaître aussi dans le frère jaloux de son frère pardonné. On a longtemps dit de cette parabole qu’elle était la parabole de l’enfant prodigue. Mais si on a été attentif à ce que vient de nous dire le prophète Michée, on comprend que c’est le père qui est prodigue, généreux de sa miséricorde, de son pardon au-delà de toute attente. D’ailleurs, on voit bien dans la pensée de Jésus que c’est le Père qui est au centre de la parabole.
Il n’y a pas à dire, le père a une conduite pour le moins étonnante. On peut presque dire qu’il a le cœur déchiré. D’un côté, il permet à son jeune fils de faire son expérience de vie, de partir pour un pays lointain, et de l’autre côté, il n’arrête pas de l’attendre parce qu’il continue toujours de l’aimer. Pour lui, ne plus avoir son plus jeune à la maison avec lui, c’est comme s’il était déjà mort.
Quand son jeune fils revient à la maison, il lui laisse voir toute son affection; il ne veut même pas écouter sa confession. Loin de l’humilier en lui reprochant ses erreurs, il l’accueille à bras ouverts et organise une fête qu’on pourrait qualifier de démesurée, mais à la mesure de son amour. Par là, Jésus veut nous dire que l’accueil miséricordieux de ce père est bien plus important que les péchés du fils, et que ce père est l’image même de Dieu.
Jésus est venu parler de Dieu. Tout ce qu’il est, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il nous dit, n’ont qu’un but, nous révéler le visage d’un Dieu demeuré trop longtemps méconnu : un Dieu qui pardonne, un Dieu qui enlève le crime, qui passe sur la révolte, qui jette « au fond de la mer tous nos péchés », pour prendre les belles expressions du prophète Michée.
À la fin de la parabole, on voit que le plus vieux est fâché de l’attitude de son père. À un moment donné, au lieu de dire
« quand mon frère est revenu », il dit « quand ton fils que voilà ». Il s’exclut de la famille.
Et le père, tendrement, cherche à lui inculquer son parti pris pour la miséricorde. Ça rejoint un impératif que Jésus nous adressait il y a quelques jours :
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »
Jésus nous rappelle que le pardon d’un frère est aussi puissant que celui d’un père.
