Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 Mars 2018
( Matthieu 21, 33-46 )
Après nous avoir raconté la parabole des vignerons homicides, saint Matthieu nous livre la conclusion en disant :
« En entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux. »
Ils ont très bien saisi que le vigneron qui plantait une vigne, c’était Dieu lui-même, et que la vigne, c’était le peuple d’Israël. Ils ont bien compris que Jésus traçait un résumé saisissant des relations de Dieu avec son peuple tout au long de l’histoire jusqu’à lui. Son peuple, il l’avait confié à des rois, et à d’autres chefs après l’exil. Comme le vigneron attendait des fruits de sa vigne, des fruits de sainteté, il envoyait des serviteurs, des prophètes, de temps à autre, pour recueillir les fruits en son nom. Mais on les a battus, lapidés, tués. Alors Dieu a envoyé son propre Fils, Jésus, l’héritier. À ce moment-là de la parabole, Jésus leur annonce ce qui va lui arriver. Ils cherchaient déjà à l’arrêter. Ils vont le tuer en dehors de la vigne, sur la colline du Golgotha.
Jésus les prévient en leur disant qu’ils font un très mauvais calcul. Ils veulent tuer l’héritier pour avoir l’héritage, mais ça ne marchera pas parce que Dieu est fidèle et qu’il ne renoncera jamais à son plan de salut. Ils font un mauvais calcul parce qu’ils vont perdre l’héritage qui va passer à des gens qui vont devenir le peuple de la nouvelle alliance. À ce moment-là, d’autres vignerons prendront en main le peuple fidèle, ses apôtres.
Mauvais calcul, prévient Jésus. Vous voulez bâtir sans moi, vous me rejetez comme une pierre sans valeur, c’est pourtant sur moi, et pour toujours que reposera l’œuvre du salut.
« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux »,
comme le dit un psaume. (voir le psaume 117)
On n’est pas à l’abri de l’erreur qui a été faite par les grands prêtres et les anciens du peuple au temps de Jésus. On continue toujours de vouloir s’approprier les fruits de la vigne. On continue toujours de voir Jésus comme une pierre sans valeur et non comme la pierre d’angle. On le voit de moins en moins comme l’envoyé de Dieu, comme le Fils de Dieu. On se contente d’en faire un modèle de droiture et parfois un rêveur de génie. Alors, celui qui est venu pour sauver les hommes, Jésus, le Fils de Dieu attend, oublié, méprisé comme une pierre qui est là, près de la tour de Babel où les hommes continuent de se faire la guerre.
Il ne faut pas conclure trop vite que nous, ce n’est pas pareil, qu’on est à l’abri de tout ça. Le Seigneur vient nous poser une question amicale :
« Si je venais aujourd’hui chercher les fruits de ma vigne, tes fruits de foi, d’espérance courageuse et tes fruits de charité, que vas-tu me donner? Qu’est-ce qui remplit tes mains? Qu’est-ce qui habite ton cœur? »
Un jour, les grands prêtres avaient fait arrêter saint Pierre; il lui demandait des explications sur une guérison qu’il venait de faire, et saint Pierre leur avait répondu :
« Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » (Acte des Apôtres, 4,11-12)
Jésus, la pierre d’angle. C’est tellement bien dit dans une préface par des mots qu’on devrait toujours garder dans notre cœur.
« Bien loin de te résigner à nos ruptures d’Alliance, tu as noué entre l’humanité et toi, par ton Fils, Jésus, notre Seigneur, un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire ». (Préface de la prière eucharistique pour la réconciliation)
