Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 02 Février 2018 – Présentation du Seigneur au Temple
Journée mondiale de la Vie consacrée
( Luc 2, 22-40 )
Je pense que c’est la troisième fois qu’on écoute cet évangile depuis la fête de Noël. Au moment où Marie et Joseph arrivent au Temple pour présenter leur enfant au Seigneur, ils rencontrent deux personnes qui attendent le Messie, deux vieillards, deux contemplatifs qui servent Dieu, jour et nuit, dans la prière, un homme et une femme, Syméon et Anne. Saint Luc nous les présentent tous les deux comme des prophètes, comme des gens qui ont une foi toute tendue vers leur Dieu.
Syméon est un prophète dans ses paroles.
« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Pour une prophétie, c’est toute une prophétie : il présente l’enfant comme le salut, la lumière pour Israël et pour toutes les nations. J’imagine la joie et la réaction des gens quand ils ont entendu ces paroles de Syméon, ou quand ils ont lu cet évangile la première fois.
C’est surtout sur Anne que je veux attirer votre attention aujourd’hui. Saint Luc nous la décrit comme une prophétesse et pourtant, elle parle très peu. Quand elle rencontre Marie et Joseph avec leur enfant, Anne vit aux abords du sanctuaire du Temps depuis soixante ans, « servant Dieu, jour et nuit, dans la prière ». Si le vieillard Syméon était un grand prophète par ses paroles, Anne était une grande prophétesse surtout dans sa manière de vivre qui était déjà toute une annonce, et une annonce toujours valable pour nous.
Elle faisait partie de ces pauvres de Yahvé que chantent les psaumes, de ces pauvres gens qui, à force d’attendre le salut promis, ont compris que Dieu était au cœur de leur vie avec sa force, sa puissance et sa providence. Pour Anne, Dieu était le cœur de son cœur. Elle lui a consacré sa vie de veuvage, de chasteté, sa vie de pauvreté, de privation, de jeûne et de prière, en retrait du monde. On peut dire d’elle qu’elle est le portrait de toutes les religieuses du monde qui sont, elles aussi, des prophétesses par leur vie de consacrées. Je dis bien « prophétesse » parce que, par votre vie, l’Église peut contempler sa vocation la plus profonde, celle de n’appartenir qu’au Christ.
« Elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »
L’enfant et la délivrance! Anne, comme Syméon, vivait dans l’attente du Messie. Ce qu’elle attendait, c’était le Salut, et le Salut, c’était justement le nom de l’enfant qui était là devant elle. Tu l’appelleras Jésus, avait dit l’ange à Joseph, c’est-à-dire « Le Seigneur sauve ». Ce jour-là, toute la vie d’Anne trouvait son accomplissement.
« Elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »
La prophétesse Anne, c’était tout le contraire des pharisiens à l’époque de Jésus. Pour eux, le salut venait de leur justice, de leurs performances. Leur salut dépendait d’eux. Il ne faut pas les accuser trop vite. On veut souvent se sauver soi-même; on a du mal à accepter que le salut vienne d’ailleurs. La prophétesse Anne vient nous apprendre, non par ses paroles, mais par sa manière de vivre, que le salut est d’abord le Christ, que le salut est un don qui vient d’ailleurs, qui vient de Dieu.
Je vous l’ai déjà dit en décembre, mais je le répète. La prophétesse Anne vient nous dire que ce n’est pas trop de passer toute une vie de fidélité pour pouvoir nommer Dieu quand il visite notre monde, que ce n’est pas trop de mener toute une vie de prière afin d’avoir la joie de contempler la tendresse de Dieu dans le regard d’un petit enfant.
Syméon et Anne, habités comme ils sont par l’Esprit Saint, sont unis par la découverte d’un enfant qui est le salut et la lumière du monde; ils sont unis par la louange qui jaillit du plus profond de leur foi et de leur espérance. En cette journée de la vie consacrée et dans cette Eucharistie, nous sommes, nous aussi, unis par l’Esprit saint pour chanter notre reconnaissance au Seigneur pour les merveilles qu’il a réalisées en nous.
