Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 juillet 2023 – Saint Thomas – Jean 20, 24-29
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». [1]
Nous pensons la plupart du temps que cette béatitude de Jésus s’adresse à nous qui, après vingt siècles, avons la foi sans avoir vu le Christ ressuscité?
Si c’est le cas, ça veut dire que nous sommes supérieurs à Thomas et aux Apôtres parce qu’aucun d’entre eux n’a cru sans voir.
L’Évangile d’aujourd’hui, par exemple, nous dit que Jésus, après avoir souhaité la paix aux Apôtres qui sont réunis, leur « montra ses mains et son côté ».
Saint Luc, dans son évangile, nous dit que Jésus adressa la Parole aux Apôtres qui avaient de la difficulté à croire en leur disant : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. (…) Jésus leur dit : Avez-vous quelque chose à manger ? » (Lc 24, 39-42).
Franchement, qui d’entre nous pourrait se vanter de croire sans avoir vu?
Si nous avons la foi, c’est qu’on a vu que dans notre famille, on aimait Dieu.
Et puis, peut-être qu’on l’a vu dans notre paroisse en voyant les paroissiens prier et chanter les louanges à Dieu.
Peut-être qu’on l’a vu à travers un témoin privilégié.
En fait, si nous croyons, c’est parce que nous avons vu beaucoup de croyants qui ont été notre force.
Notre foi s’est nourrie à leur contact.
Comme les Apôtres, nous avons besoin de voir pour croire.
Mais il y a peut-être des exceptions comme La Vierge Marie et Saint Jean.
Malgré l’immense souffrance ressentie devant son Fils en croix, Marie continue de croire. Son fils a été affreusement maltraité, crucifié, mis au tombeau, pourtant elle pouvait se souvenir d’une parole d’Elisabeth qui s’était exclamée en disant : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ou, encore, debout, au pied de la croix, elle reste fidèle à la parole que l’ange lui avait dite le jour de l’Annonciation : « Il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n’aura pas ce fin. »
Même quand elle ne voit plus rien parce que le voile de la mort a enfermé son Fils dans le tombeau, Marie continue de croire à la Parole de Dieu.
C’est peut-être aussi le cas du disciple que Jésus aimait. Il était arrivé le premier au tombeau, et l’évangile nous dit : « Il vit, et il crut ». Mais de fait, il n’a presque rien vu : un tombeau vide, le linceul et un linge! Pourtant tout de suite, il a cru.
Si les Apôtres ont eu besoin de voir pour croire, si aujourd’hui, nous avons tous besoin de voir pour croire, pourquoi Jésus déclare-il « Heureux ceux qui croient sans voir? »
C’est pour le jour où nous serons en proie à un grand désarroi, où nous serons guettés par le désespoir.
Jésus pense au jour où notre foi deviendra trouble et douloureuse. Il nous invite à continuer de croire même quand nous sommes dans la nuit.
Personne d’entre nous n’est à l’abri de ces jours d’épreuve et d’obscurité.
Gardons la béatitude de Jésus dans notre cœur, pour que, aux jours d’obscurité, la lumière du ressuscité demeure au fond de notre cœur et que nous puissions connaître cette joie promise par Jésus :
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
[1] Basé sur les commentaires du cardinal Barbarin.
