Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 3 mars 2023 – Matthieu 5, 20-26
« Tu ne commettras pas de meurtre… » Une loi. « Eh bien ! Moi, je vous dis. » L’annonce d’un changement.
Dans notre monde, on n’aime pas trop les lois. On les voit comme des contraintes qui attaquent notre liberté.
Mais les lois sont-elles vraiment une contrainte ou une manifestation de bienveillance de la part du Seigneur ?
Ça dépend de l’image qu’on se fait de Dieu.
Ou bien on le voit comme un Maître dominateur qui nous surveille et nous punit ou bien on le voit comme un Père qui nous regarde avec amour.
Et si on le voit comme un Père qui nous regarde avec amour, on comprend que la Loi exprime sa volonté pour éclairer le chemin de notre vie et de notre bonheur. Il ne nous brime jamais, il nous laisse libres de l’accepter ou de la refuser.
« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens »
Cette justice des pharisiens visait à protéger le peuple contre les influences païennes. C’était une justice faite de 613 lois, une justice sévère, pesante, mais il était possible de les observer parce qu’elles concernaient seulement la conduite extérieure, ce qui était visible et donc mesurable.
« Eh bien ! Moi je vous dis. »
C’est un changement que Jésus nous annonce : pas de nouvelles lois, mais toutes les lois réduites à une seule : aimer.
Cette loi d’amour n’est pas mesurable comme celles des pharisiens et ne pourra jamais être atteinte. Ça veut dire que, n’ayant jamais accompli parfaitement cette loi d’amour, on a toujours conscience d’être pécheur, sans cesse dépendant de la miséricorde de Dieu.
Nous sommes toujours pécheurs, mais des pécheurs pardonnés.
Clairement, Jésus vise l’intention.
C’était clair dans l’évangile de ce matin. Vous avez appris de ne pas commettre de meurtre, moi je vous dis qu’on peut tuer son prochain de bien des manières, par exemple en l’humiliant en parole, en l’insultant, en ternissant sa réputation.
Jésus va à la racine du meurtre c’est-à-dire à la haine qui tend à détruire son prochain.
Et comme Jésus fait appel à l’amour, on comprend que l’amour ne se limite pas à éviter l’agressivité, l’amour tend à procurer le bonheur à son frère, à sa sœur. C’est pourquoi celui qui aime prend toujours l’initiative de la réconciliation. Celui qui a l’amour dans son cœur fait toujours les premiers pas.
La justice des pharisiens, même si elle était exigeante, pouvait les amener à être satisfaits d’eux-mêmes.
Jésus propose une autre justice, une justice ouverte à l’infini, appelant le croyant à toujours progresser dans l’amour.
Aussi, devant le Seigneur qu’il aime, le chrétien ressent continuellement sa pauvreté.
Nous sommes réunis pour célébrer l’Eucharistie.
L’Eucharistie nous rappelle que nous devons être humbles. Nous confessons nos fautes, et avant de communier, nous disons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » mais la parole de grâce peut nous purifier et nous donner gratuitement cette dignité.
