Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 6 janvier 2023 – Marc 1, 7-11
« Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer. »
Cette petite phrase n’est peut-être pas évidente, mais elle porte une nouvelle extraordinaire.
Il faut savoir que sept siècles avant Jésus, le prophète Isaïe s’était écrié dans une prière suppliante : « Ah, si tu descendais des cieux, les montagnes fondraient comme cire. »
On peut le comprendre. Il vivait des temps pénibles avec son peuple que, en plus, s’était détourné de son Dieu. Pour lui, les montagnes qui fondraient comme cire, c’étaient les cœurs endurcis, les discordes, les violences et les agressions.
« Ah! Si tu déchirais les cieux! » C’est la prière suppliante d’un homme qui, au milieu de sa misère, sent que les cieux sont fermés, qu’il n’y a plus de communication entre Dieu et les hommes.
« Ah, si tu déchirais les cieux! » Ce cri, c’est le cri de l’être humain, le cri de l’humanité qui exprime son désarroi et les désirs qui habitent son cœur, sa soif de vie, de communion, son attente d’être libérée de l’intolérable souffrance.
En nous disant que Jésus « vit le ciel se déchirer », Saint Marc nous révèle que Jésus est celui qui vient répondre à la prière d’Isaïe, à la prière qui habite profondément le cœur de l’homme et à notre prière à nous ce matin.
Quand Jésus meurt sur la croix, le voile du Temple se déchire du haut en bas. Une autre belle façon de nous dire qu’il n’y a plus, en Jésus, de séparation entre Dieu et les hommes, que la communication est rétablie, qu’il y a entre Dieu et les hommes une alliance nouvelle et éternelle.
Si c’est Jésus qui a vu le ciel se déchirer, on peut dire que le prophète du désert, Jean-Baptiste, en a perçu toute la profondeur. Il n’hésite pas à proclamer haut et fort à tous ces gens qui vont le rencontrer : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. »
« Du ciel une voix se fait entendre : « C’est toi mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour ».
Cet amour du Père, Jésus l’a manifesté tout au long de sa vie. Il a annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, il a pardonné ce qu’on jugeait souvent impardonnable, il a guéri, relevé. Il a fait renaître l’espérance là où il n’y en avait plus. Et ce, il continue toujours à le faire en nous baptisant dans l’Esprit-Saint.
Jésus vient déchirer le voile qui cache notre identité profonde.
Il nous révèle qu’avec lui, nous sommes les enfants bien-aimés du Père, qu’à notre baptême nous avons été plongés dans cet océan d’amour qui est en Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, qu’à ses yeux nous sommes toujours bien plus grands que nos fautes, que « Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu », comme nous le dit St Paul.
En Jésus, le ciel s’est déchiré une fois pour toutes. L’Eucharistie que nous célébrons nous rappelle qu’il n’y a plus de séparation entre Dieu et les hommes, que nous vivons à l’intérieur d’une « alliance nouvelle et éternelle ». Rendons grâce au Seigneur pour la Bonne Nouvelle qu’il nous donne aujourd’hui et pour l’amour de Dieu qui nous habite.
