Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 décembre 2021 – Matthieu 1, 1-17
Pendant longtemps j’avais tendance à bâiller devant cette liste de noms qu’on entend une fois par année et qu’on ne connaît pas. On serait bien mieux de sauter jusqu’au verset 18 où on nous dit que Marie était enceinte grâce à l’action de l’Esprit saint. C’est là que l’histoire commence vraiment, pensons-nous. Mais je me trompais. Qui que nous soyons, nous sommes marqués par la bonne ou la mauvaise réputation de nos ancêtres. Jésus n’était pas différent.
En regardant les personnages de cette liste, nous pouvons nous rendre compte que Jésus n’a pas tout à fait un « dossier immaculé » pourrait-on dire.
Quand un peuple écrit son histoire officielle, il note surtout ses grandeurs en oubliant ses défauts. Et pourtant, c’est ce que Matthieu fait. Il ne cache pas les péchés des ancêtres de Jésus. C’est unique.
Il y a des péchés comme l’homicide de David et l’idolâtrie de Salomon. Il y a quatre femmes qui apparaissent : Thamar et Rahab, deux prostituées, Ruth, une païenne. Mais à côté de tout cela, il y avait des moments de grâce et de fidélité à Dieu, et surtout des personnages merveilleux comme Marie et Joseph.
Ce que Saint Matthieu est en train de nous dire est que Jésus est un vrai Homme. En d’autres mots, que Jésus, comme tout homme et toute femme qui arrive au monde, ne part pas de zéro, mais qu’Il a derrière lui une histoire. Cela veut dire que l’Incarnation c’est du sérieux, que lorsque Dieu se fait Homme, Il le fait en assumant toutes les conséquences de l’humanité. Autrement dit, le Fils de Dieu en venant au monde assume tout le passé de sa famille.
Il faut remarquer que Matthieu commence et termine sa généalogie avec le nom de Jésus : « généalogie de Jésus Christ » au début, et à la fin : « Or, voici comment fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Jésus est là au début et à la fin. Déjà Matthieu nous dit, à sa façon, que Jésus est l’Alpha et l’Oméga.
C’est lui qui donne son sens à l’Histoire, à notre histoire, aux évènements, aux épreuves que nous traversons.
C’est lui qui va casser le rythme banal de la vie pour se rendre présent à tout ce que nous vivons.
Jésus n’est ni perdu, ni noyé, ni écrasé dans cette suite de noms célèbres ou inconnus; il n’est pas non plus contaminé par le péché. Au contraire, il est Bonne Nouvelle, c’est lui, Jésus, qui sanctifie.
En ce temps de Noël, nous attendons Jésus, cette lumière pour éclairer nos vies, celui qui donne son sens à notre histoire.
Il est la Bonne Nouvelle ; sa naissance est la racine de notre espérance.
