Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 10 août 2022 – Saint Laurent – Jean 12, 24-26
« La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure », ce sont des mots de saint Augustin.
En d’autres mots, Jésus vient de nous dire la même chose dans l’évangile :
« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Il faut toujours de mourir à l’égoïsme pour naître à l’amour, mourir à la peur pour naître à l’aventure, mourir aux certitudes pour naître à la foi. C’est seulement si nous sommes capables de mourir à nos habitudes, à nos mots tout faits, à nos vieilles routines que l’Église pourra s’ouvrir à d’autres cultures, d’autres attentes, d’autres avenirs.
C’est seulement si le grain meurt qu’il porte beaucoup de fruits. Quand le grain de blé meurt, il cesse d’être grain, il devient semence. La vie n’est pas faite pour être possédée, elle est faite pour être donnée. C’est alors qu’elle prend une dimension d’éternité.
Saint Paul est un bel exemple du grain de blé qui est tombé en terre et qui donne beaucoup de fruits. Il est un disciple qui a donné sa vie pour le Christ. Il nous le dit dans la deuxième lettre aux Corinthiens :
« Cinq fois, j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ; trois fois, j’ai subi la bastonnade ; une fois, j’ai été lapidé ; trois fois, j’ai fait naufrage et je suis resté vingt-quatre heures perdu en pleine mer. Souvent à pied sur les routes, avec les dangers des fleuves, les dangers des bandits, les dangers venant de mes frères de race, les dangers venant des païens, les dangers de la ville, les dangers du désert, les dangers de la mer, les dangers des faux frères. J’ai connu la fatigue et la peine, souvent le manque de sommeil, la faim et la soif, souvent le manque de nourriture, le froid et le manque de vêtements. » (2 Corinthiens 11, 24-27)
Aujourd’hui, nous fêtons saint Laurent, un diacre qui a vécu à Rome entre les années 210 et 258. Nous fêtons l’histoire d’un grain de blé tombé en terre, l’histoire d’une vie donnée dont le seul motif était l’amour.
Saint Laurent était chargé de distribuer des secours aux indigents de la communauté romaine, comme l’avaient fait les diacres de l’Église primitive. Convaincu que l’Église était riche, l’empereur convoqua Laurent et le somma de lui remettre la fortune de l’Église pour renflouer les caisses de l’État. Le diacre se présenta devant lui avec une foule d’indigents, des pauvres, des infirmes, des boiteux, des aveugles, et il dit : « Voici, dit-il, le vrai trésor de l’Église. Par le don de leur foi, ils convertissent nos aumônes en trésors inestimables pour nous. » Après avoir tout donné, Laurent s’est donné lui-même. Il s’est donné comme le grain de blé, il s’est approché du Christ.
Il fut l’un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté. Au Moyen Âge, avec saint Pierre et Saint Paul, il était le patron de la Ville éternelle où 34 églises s’élevaient en son honneur. 84 communes françaises portent son nom.
Donne-nous Seigneur, nous t’en prions, d’être semblable à ce grain de blé, donne-nous d’être une vie unie à Toi, Toi l’Amour infini ; donne-nous une vie donnée chaque jour avec générosité à nos sœurs et nos frères !
