Mgr J-C. Dufour – 1er avril 2021 – Jeudi Saint – Jean13, 1-15

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 1er avril 2021  – Jeudi Saint – Jean13, 1-15

 

« J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ».

En prononçant cette phrase, Jésus nous dit qu’avant de passer de ce monde à son Père, il a voulu prendre un dernier repas avec ses disciples,  et pas n’importe lequel repas.   Il a clairement fait un choix,  il a voulu que ce dernier repas se passe au cours d’un repas pascal, un repas qu’il a prix chaque année avec ses parents et sans doute quelques voisins.

 

Ce repas pascal faisait mémoire du grand printemps qu’avait déjà vécu Israël lorsque Dieu l’avait libéré de l’esclavage en Égypte.  En célébrant ce repas,  Jésus sait bien que sa passion, sa mort et sa résurrection viendront réaliser un printemps plus grand encore et pour toute l’humanité. Ce nouveau printemps libère de la mort et conduit à la vie éternelle.   Et Jésus,  en nous invitant à en faire mémoire dans l’eucharistie,  veut que ce passage vers la vie demeure toujours ouvert.

 

Nous avons écouté tantôt la première lecture du livre de l’Exode.  Elle nous donnait des indications sur le premier repas pascal qui sont très précieuses et toujours valides pour aujourd’hui.

 

Première indication, c’est une fête communautaire. On parle à deux reprises de la « communauté d’Israël », en ajoutant « Si la maisonnée est trop peu nombreuse, pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche. »
Jésus, en célébrant la Pâque juive, a toujours voulu que cette célébration garde un aspect communautaire.  Ce n’est pas un individu qui est libéré,  c’est le peuple tout entier que fête la liberté retrouvée en Jésus Christ.  Notre Pâque à nous se doit aussi de donner un témoignage communautaire.  Avec toute l’Église, nous avons à témoigner de notre foi dans le monde.  Le Dieu que nous célébrons continue à vouloir libérer son peuple. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes.

 

Deuxième indication :  « Vous mangerez ainsi :  la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. »
Autrement dit, la Pâques est un repas que l’on prend debout, en tenue de voyage, pour gagner le pays où on vivra libre.  Cette liberté que Dieu nous donne est toujours devant nous.  Elle n’est jamais acquise une fois pour toute.  Pour en bénéficier, il nous faut toujours marcher avec le Christ.  . Il nous faut lutter avec lui pour la conquérir. Il n’est jamais question de nous installer définitivement dans notre situation, dans notre foi, dans notre péché. Nous sommes sans cesse invités à nous laisser déraciner par le Christ pour aller toujours plus loin. La messe du Jeudi Saint et les célébrations de ces trois jours nous réinstallent dans le monde la libération. Elles nous rappellent que nous sommes « appelés à la liberté. »

 

Saint Jean ne nous parle pas directement de l’Eucharistie,  mais il nous en donne le sens.  Nous voyons Jésus laver les pieds de ses disciples. Cet humble service était normalement celui que l’esclave rendait à son maître. En accomplissant ce geste, Jésus a une intention cachée. Pour le moment, Pierre ne peut pas comprendre. Il lui faudra attendre après la résurrection de son Sauveur.
En ce Jeudi Saint, le lavement des pieds n’est qu’un signe de l’amour du Christ pour les siens. La preuve suprême leur sera donnée le lendemain par sa mort sur la croix.

 

Nous sommes là pour reconnaître tout ce que le Seigneur a fait pour nous. Nous voulons l’accueillir, nous en émerveiller. Nous voulons l’accueillir avec tous les croyants et avec tous nos frères et sœurs en humanité. « Jamais sans les autres », telle est la condition pour vivre comme Jésus. Nous sommes entrés dans cette Semaine Sainte où l’amour se manifeste en actes. C’est un amour toujours à l’œuvre aujourd’hui et chaque jour.

 

Oui, Seigneur, donne-nous de t’aimer en toute humilité.
Donne-nous de t’aimer dans ton amour pour chacun.
Donne-nous de les aimer proches et lointains comme tu les aimes, un amour qui s’éprouve et se prouve.