Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 14 mars 2021 – 4e dimanche du Carême – Jean3, 14-21
Quand un petit enfant est mal pris, quand il a peur ou quand il fait une chute, spontanément, il lève la tête et regarde vers ses parents. Il sait qu’ils sont plus grands que lui et qu’ils peuvent l’aider, le libérer, le délivrer d’une mauvaise posture. Nous, les adultes, on n’est pas trop différents! Dès que quelque chose nous tombe dessus, dès que nous vivons une contrariété, nous levons la tête et nous regardons en haut. Nous cherchons quelqu’un de plus grand pour nous sortir d’une mauvaise situation.
De génération en génération, nos ancêtres dans la foi, nous ont appris à lever la tête, à fixer la croix sur nos mûrs, dans les églises et dans les maisons, au carrefour des routes. Nous la plaçons toujours plus haute que nous, de telle manière que nous puissions lever les yeux vers elle, vers quelqu’un que nous considérons plus grand que nous.
En regardant la croix de Jésus, nous pouvons dire que le Christ ne s’est pas mis dans une situation inconfortable pour nous juger ou nous condamner! Si c’est vrai qu’on peut juger quelqu’un en le regardant de haut, ce n’est pas vrai dans les conditions qui sont celles de Jésus sur la croix.
Nous pouvons bien nous dire aussi que si le Christ est sur la croix, il a bien fallu quelqu’un pour le mettre. La croix vient nous mettre en face de nous-mêmes; elle nous oblige à reconnaître qu’il y a dans nos vies des noirceurs, des ténèbres. Oui, il nous arrive par nos fautes d’aller contre la volonté de Dieu, d’offenser les autres.
Nous pouvons nous dire encore que la croix est le signe de notre salut. Si elle peut être le symbole de l’échec, de la chute, de la mort, elle est aussi une sorte de retournement, l’envers de l’échec, de la chute et de la mort.
Les petits enfants lèvent les yeux vers leurs parents quand ils ont besoin d’aide. Comme eux, nous avons besoin de lever les yeux vers la croix parce que nous avons besoin d’aide, de salut.
On a omis dans le psaume d’aujourd’hui un verset qui est d’une extrême violence. « Heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc. » Le psalmiste confie à Dieu la violence qui habite son cœur. Ce n’est pas défendu de confier à Dieu la violence qui nous habite et celle qui est omniprésente dans notre monde. Mais apprendre à vaincre la violence, à être vainqueur du mal en faisant le bien, ça ne se fait pas tout seul; on a besoin de regarder la croix, celui qui n’a pas répondu à la violence par la violence; on a besoin d’un plus grand que soi pour nous aider.
Il y a quelqu’un qui a fait un commentaire des lectures d’aujourd’hui en disant qu’elles sont le récit du parcours de l’amour de Dieu; d’un amour qui part du cœur de Dieu pour aller s’implanter au plus profond du cœur des hommes et des femmes. Ça aussi, ça ne se fait pas tout seul! on a besoin de regarder la croix, d’un plus grand que soi pour nous aider, de lever les yeux vers Celui qui est l’Amour.
Jésus, dans l’Évangile, fait allusion au serpent de bronze dans le désert. C’est quand même curieux! le serpent de bronze, en métal, était plus puissant que les vrais serpents brûlants qui faisaient mourir les gens. Pourquoi? parce que, en le regardant, les gens se convertissaient, se tournaient vers Dieu et mettaient leur confiance en lui.
Il y en a beaucoup de serpents brûlants dans nos vies, de réalités qui sèment la mort, qui font mourir de mille et une manières. Nous sommes invités à regarder celui qui est sur la croix? Pourquoi? parce que, en le regardant, nous nous convertirons encore plus, nous nous tournerons vers Dieu, nous mettrons notre confiance en celui qui a un pouvoir de vie, de salut et de libération.
Regarder la croix dans nos églises, dans nos maisons, c’est déjà entrer dans la fête de Pâques; c’est accueillir la force et la lumière du Ressuscité en nous et autour de nous. Regarder la croix, c’est déjà croire, c’est suivre le Christ, marcher derrière lui, lui être associé, accueillir sa Parole, manger le pain rompu en signe de sa mort. « Tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. »
C’est engageant regarder la croix du Christ. Dieu a retourné la mort en vie, les ténèbres en lumière, la condamnation en justice. Regarder la croix, c’est accepter de faire l’œuvre de Dieu, c’est se retourner nous aussi toute détresse humaine, tout égarement, tout échec en force de vie, d’espérance, de pardon et d’amour.
