Mgr J-C. Dufour – 24 décembre 2020 – Messe de la Nuit de Noël— Luc2, 1-14

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 24 décembre 2020 – Messe de la Nuit de Noël— Luc2, 1-14

 

Si le pape Jean-Paul II, en route vers votre monastère en 1984, avait demandé de stopper sa papemobile, en était descendu pour venir me serrer la main dans la foule, tout le monde aurait été étonné et les journalistes me seraient tombé dessus pour avoir des explications. En ce jour de Noël, c’est comme si Dieu descendait de son ciel pour venir nous serrer la main, et nous révéler à chacun et à chacune des aspects particuliers du mystère de Jésus.

 

Aujourd’hui, nous célébrons l’inconcevable, l’inexplicable, le mystère. Un Dieu fort et puissant, le Maître de l’univers, se fait tout petit, humble et pauvre en la personne de Jésus. « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné… son nom est proclamé : « conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. »  Le tout-puissant se fait petit enfant en la personne de Jésus.

 

C’est par le phénomène merveilleux de la naissance d’un enfant que Dieu est venu pour nous ouvrir des chemins de libérations devant la souffrance et nous apporter une vie plus abondante que tout ce que nous pouvons imaginer, c’est-à-dire une communion éternelle avec son Père. Il est venu manifester son désir de se tenir proche des hommes et des femmes, et de faire route avec eux. C’est par ce mystère, source d’étonnement et de joie, que Dieu a voulu habiter notre terre. Il nous a envoyé son propre Fils pour nous apporter sa paix et sa vie en abondance.

 

Demain, la lettre aux Hébreux va nous dire : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes, mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. »  Il est venu au cours d’un voyage obligé, sans avoir de place dans une salle commune ; Il est venu dans la fragilité d’un enfant pour nous dire comment il veut être avec nous sur la route. Sa présence dans le monde est à la fois sobre et puissante : il naît comme un enfant couché dans une mangeoire, un enfant fragile et dépendant, ne présentant pour nous aucun danger, mais en même temps habité par l’amour infini de Dieu, du Maître et du Créateur de l’univers.

 

En entrant dans notre histoire, Dieu se veut présent au cœur de nos réalités humaines. Il marche avec nous. Il est là dans nos moments de plaisirs et de joie. Il est là aussi dans les échecs et les épreuves que nous avons à vivre dans notre vie. Comme nous, il voit les problèmes que nous vivons, même la pandémie qui continue de nous préoccuper.

 

Qu’est-ce que ça signifie pour nous ? En naissant parmi nous, Jésus réaffirmait la dignité de toute personne. Chaque être humain déjà créé à l’image et à la ressemblance de Dieu devient aussi la présence du Christ. Il nous l’a dit dans la parabole du jugement dernier. Il nous disait que lorsqu’on donne à manger ou à boire, à qui que ce soit, c’est à lui que nous le faisons. Avec lui, nous sommes devenus des frères et des sœurs, appelés à vivre avec les autres dans le respect, la justice, l’entraide et la fraternité. Non seulement nous sommes des frères et des sœurs, mais grâce à lui, nous sommes les filles et des fils bien-aimés du Père.

 

Ce que la fête de Noël vient encore nous dire, c’est que Dieu nous aime tels que nous sommes. Dieu n’attend pas pour nous aimer qu’on soit belle, bonne, fine.   Il nous aime aujourd’hui, tels que nous sommes, avant même que nous fassions quelque chose pour nous améliorer. Le Père de Jésus est aussi notre Père. Il nous aime gratuitement, sans raison. Malgré tout ce qu’on est, Dieu nous aime follement, comme un Père, une mère aime son enfant même s’il est barbouillé.

 

Nous n’avons pas à être gênés devant lui. Dieu n’a pas eu honte de nous ; il n’a pas mal au cœur de nous. Et s’il est venu librement chez nous, c’est pour y rester. Dieu ne changera pas de sentiment envers nous, même si ça nous prend du temps à comprendre.   Il est avec nous et nous connaît.