Mgr J-C. Dufour- 23 août 2020 – 21e dimanche ordinaire — Matthieu 16,13-20

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 23 août 2020 – 21e dimanche ordinaire — Matthieu 16,13-20

 

« Pour vous, qui suis-je ? » Question embêtante dans l’évangile ! D’un côté, il y a une invitation très nette à dire notre foi et, d’un autre côté, on sait très bien que notre foi n’est pas aussi solde qu’un bloc de ciment. Elle est sans cesse confrontée aux réalités du monde qui nous entoure, elle est une réalité toute traversée de questions, de doutes, de faiblesses de toutes sortes. Comment d’un côté oser dire ce qui n’est pas encore dans le ciment, et puis comment d’un autre côté penser construire l’Église sans dire notre foi ?

À un moment donné de notre vie, nous avons pris conscience de la présence de Jésus au milieu de nous ; nous avons réalisé qu’il était devant nous ; puis il y a eu un départ, une mise en route, nous avons commencé à marcher à sa suite. C’est ça la foi ! Notre foi est comparable à une course de marathon. Jésus est en tête ; nous courons derrière lui. Mais on sait bien que dans une course, tous les coureurs ne sont pas au même point. Il y en a qui sont en tête, d’autres sont à la queue. En cours de route, il y en a qui reculent à cause de la fatigue pendant que d’autres prennent les devants.

Quand on regarde les professions de foi dans l’Évangile, on se rend compte que tous les coureurs, tous ceux et celles qui marchent à la suite de Jésus ne sont pas au même point. Il y en a qui voient en lui un prophète, d’autres le Messie. D’autres encore voient en lui le Fils de Dieu et une petite minorité témoigne de sa résurrection. À un moment donné, tous se sont mis à croire, tous suivent Jésus, mais comme dans la course, il y a des va-et-vient, et parfois des reculs extraordinaires : qu’on se souvienne de Pierre, des fils de Zébédée, de Judas. Pourtant, ils avaient tous la foi dans la mesure où ils aimaient assez Jésus pour le suivre.

Tous se sont mis à croire parce sur leur chemin ils ont rencontré des témoins. Plusieurs disciples ont d’abord fait confiance à Jean-Baptiste qui leur désignait l’Agneau de Dieu ; ensuite ils ont fait confiance à Jésus. Toutes les premières communautés chrétiennes ont commencé parce qu’il y avait des témoins, des personnes en qui ils ont mis leur confiance, Paul, Luc, Marc, et bien d’autres.

On ne peut pas croire sans faire confiance à des témoins. Nous nous sommes mis à croire, nous sommes des coureurs et des coureuses parce que nous avons fait confiance à des témoins, comme à nos parents, par exemple. C’est à travers eux qui nous avons appris à aimer assez Jésus pour le suivre. On ne peut pas croire sans faire confiance à des témoins, sans Église. À l’inverse, il ne peut pas y avoir d’Église sans qu’il y ait des personnes en qui nous pouvons avoir confiance, sans témoins. Jésus nous invite aujourd’hui à construire l’Église, à dire notre foi malgré ses faiblesses.

Même s’il avait eu des reculs, Jésus a fait de Pierre le chef de son Église. Nous sommes invités aujourd’hui à faire confiance, à renforcer nos liens, notre attachement au successeur de Pierre, aux successeurs des Apôtres, comme notre Évêque, et à tous ceux qui ont la charge du peuple de Dieu, à faire confiance aux témoins qui nous entourent.

Nous avons fait confiance à des témoins qui nous ont conduit au Christ.  Et le  Christ nous conduit au Père grâce à l’Esprit Saint que nous laissons parler en nous.

Puisse cette célébration nous souder les uns aux autres, faire de nous une Église, une communauté qui ose dire sa foi et proclamer « Jésus Christ est Seigneur », pour que ceux et celles qui nous entourent nous fassent confiance comme à des témoins, pour que nous soyons comme des lumières qui éclaire toute la maison.