Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 16 août 2020 – 20e dimanche ordinaire — Matthieu 15,21-28
« Jésus se retira dans les environs de Tyr et de Sidon. Et voilà qu’une Cananéenne, originaire de ce pays, s’écria : «Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon.»
C’est bien curieux ! Jésus, après avoir prêché dans son pays s’en va aux environs de Tyr et de Sidon, c’est dire dans une terre étrangère où vivent surtout des païens. Là, il va faire une rencontre inévitable : une femme de cette contrée que l’on appelait le pays de Canaan. Qu’est-ce qu’il pensait trouver dans ce pays ? Sûrement pas des juifs, mais des païens, des étrangers. Pourquoi s’en va-t-il dans le pays de Tyr et de Sidon pour dire tout de suite après « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». C’est un vrai mystère.
Souvenons-nous que Jésus avait dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » (Mc 6,4) S’il a été méprisé en Israël, c’est tout le contraire qui se passe dans un pays étranger. C’est l’honneur et la gloire qui attend Jésus. La Cananéenne s’écrie : « Seigneur, fils de David. » Jésus avait entendu la même chose dans son pays, mais le fait que ça vienne d’une étrangère rend l’affirmation encore plus glorieuse pour celui qui est le Sauveur des hommes.
Ce qui est encore bien spécial, c’est que Jésus est appelé ici pour combattre le démon : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon. » Comme si toute la gloire du Rédempteur terrassant le Prince des ténèbres devait se manifester pas seulement en Israël, mais aussi sur une terre étrangère. C’est toute sa gloire, une gloire éternelle et sans fin, celle des Derniers jours, qui se manifeste déjà dans cette scène de l’évangile. Il est bon de savoir déjà que mystérieusement, le Sauveur des hommes est là pour combattre l’ennemi chaque jour.
« Jésus ne répondit mot. Et ses disciples vinrent lui dire avec insistance : «Renvoie-la : elle nous poursuit de ses cris.» Il répondit : «Ma mission se borne aux brebis perdues de la maison d’Israël.» Mais alors cette femme vint se prosterner devant lui en disant : «Seigneur, secours-moi !» Il répondit : «Il ne convient pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens.» — «Assurément, Seigneur, reprit-elle, du moins les petits chiens mangent-ils les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.» «
Les « petits chiens » ! Une expression utilisée à l’époque pour désigner les païens. Si elle apparaît comme une « petit chien » parce qu’elle est de Canaan, Jésus qui la connaît très bien sait que c’est une vraie enfant de Dieu par le cœur et par l’esprit. Vraiment, les apparences sont trompeuses !
Quelle humiliation ! Se faire traiter de « petit chien », et par le Maître du monde. Jésus cherche à éprouver son humilité. Vraiment, tout autre que cette femme aurait réagi différemment, mais sa réponse indique qu’elle a beaucoup d’humilité. Et Jésus le savait déjà très bien. Il savait que cette femme de Canaan habitait déjà le Cœur de Dieu !
« Alors Jésus lui dit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il te soit fait comme tu le souhaites.» À l’heure même, sa fille fut guérie. »
La réponse et le témoignage de Jésus ne se fait pas attendre ! « Ô femme, grande est ta foi ! » On croirait entendre un écho de cette autre phrase mémorable du Seigneur à un centurion romain, un païen lui aussi : « Oui, je vous le déclare, chez personne en Israël je n’ai trouvé semblable foi ! » (Mt. 8, 10)
Si Marie avait été là ce jour-là, comment aurait-elle compris cette louange de la foi de la Cananéenne ou celle du centurion ? Elle, le Mère de Dieu et notre Mère avait une foi parfaite aurait reçu la louange de Jésus pour elle aussi. C’est la foi du Corps tout entier de l’Église que Jésus met à l’honneur; c’est la foi de tous ces croyants destinés à vivre éternellement dans l’unique demeure du Père.
