Mgr J-C. Dufour- 9 août 2020 – 19e dimanche ordinaire – Matthieu 14,22-33

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 9 août 2020 – 19e dimanche ordinaire – Matthieu 14,22-33

 

À première vue, on pourrait bien penser que cette histoire n’a rien à voir avec nous autres !   Peut-être qu’en l’écoutant, les petits enfants se prendraient à rêver de pouvoir marcher sur les eaux eux aussi ! Mais je ne pense pas que quelqu’un d’entre nous puisse penser un jour vivre un moment semblable ! Pourtant cet évangile vient nous rejoindre au cœur de nos vies, et il porte un message des plus réconfortants.

Après la multiplication des pains, « Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive du lac. »  On est au début de la soirée !   Plus tard, la barque est déjà à une bonne distance de la terre, mais elle est battue par les vagues ! Les vents sont contraires !   Au petit matin, les disciples n’ont pas encore réussi leur traversée.   Une nuit vraiment difficile !

Quelques jours avant de laisser votre couvent, vous avez reçu un petit bateau parce que vous alliez faire la traversée vers un nouveau couvent.  Ainsi la barque des apôtres dans l’évangile est une image de notre vie !   Depuis notre naissance, nous sommes embarqués nous aussi pour une traversée, celle de la vie.   Parfois, notre petite chaloupe s’avance bien ! Elle fait du progrès !   En d’autres moments, les vagues nous apparaissent trop fortes, les vents trop contraires ! Tout ce sur quoi on avait appris à se fier nous glisse sous les pieds. On commence à éprouver de la peur et à s’enfoncer comme Pierre. On a l’impression qu’aucune force humaine ne peut nous sauver. On ne se sent même pas capable de faire un tout petit geste qui nous aiderait à nous en sortir un peu.

En venant sur la terre, Jésus est monté dans la même barque que nous, la barque de la vie.    Il n’a pas choisi des moyens pour éviter les tempêtes ! Il n’a même pas cherché à passer à côté de la mort. Quand il s’est retrouvé sur la croix, il était dans la même situation que Pierre qui s’enfonçait dans les eaux, se fiant uniquement à son Père pour le sauver, pour lui tendre la main : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ! »

Et son Père l’a saisi par la main ! C’est très clair dans l’Évangile.   Jésus apparaît à ses disciples au petit matin, et il marche sur les eaux qui, pour les juifs, sont un symbole de la mort : deux allusions très claires à la résurrection de Jésus qui a pu traverser les eaux de la mort sans y être englouti pour toujours. C’est toute notre foi qui est là-dedans !

Il y a une grosse différence entre les disciples et Pierre.   Les disciples pensent voir un fantôme ! C’est le symbole des superstitions.   Ils ont peur parce qu’ils manquent de foi et ils se mettent à crier.   Mais Jésus leur parle en disant : « Confiance, c’est moi, n’ayez plus peur. »

Pierre est très différent !   Il fait preuve d’une belle foi ! « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux ». Il ose demander à Jésus quelque chose que seul Jésus peut lui donner. « Viens ! », lui dit Jésus.  Je pense que Jésus nous dit et redit souvent ce petit mot   « Viens »… « Viens… »  Ce n’est pas pour rien que l’évangile nous présente un événement où Jésus ressuscité sauve Pierre de la mort. Et c’est pour cette même raison qu’aujourd’hui, nous croyons que c’est lui et lui seul qui peut nous sauver.

Quand les vagues sont trop fortes dans nos vies, quand les vents nous semblent trop contraires, quand nous commençons à nous enfoncer dans la peur, comme Pierre, nous pouvons nous écrier : « Seigneur, sauve-moi ! ». Nous pouvons demander au Seigneur ce que lui seul est en mesure de nous donner. Et il nous prendra par la main pour nous sortir des profondeurs, comme il l’a fait avec Pierre.

Toute notre vie chrétienne est une marche sur les eaux, une marche que nous faisons dans la foi, une marche qui s’appuie sur la Parole de Jésus.   Il n’est pas le fantôme que les disciples pensaient voir sur les eaux, mais le Fils de Dieu, bien vivant au milieu de nous, Celui qui vient vers nous quand la vie est trop difficile.

En vivant notre célébration, demandons au Seigneur de venir vers nous pour nous encourager, nous aider, nous soutenir, nous remplir de paix et de sérénité.   Demandons-lui de faire pour nous, pour ceux et celles qui nous entourent ce qu’il a fait pour Pierre, nous prendre par la main pour nous conduire sur une autre rive, celle de son Royaume de vie et d’amour.