Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 11 octobre 2020 – 28e dimanche ordinaire — Matthieu 22, 1-14
Au cours de l’histoire, Dieu a fait beaucoup de démarches pour rejoindre l’humanité. On peut dire qu’en Jésus, il a fait un pas de plus vers les hommes. Ça nous est décrit dans l’évangile d’aujourd’hui sous l’image d’une noce.
Le roi a trouvé une belle et grande salle ; il a préparé un gros banquet. Il envoie ses serviteurs appeler les invités à des noces, pas n’importe laquelle noce, c’était à un mariage royal ! Drôle de noces pourtant : on ne dit presque rien des mariés ! On parle des premiers invités qui refusent l’invitation, trop pris par leurs affaires. Alors Dieu, en Jésus, décide d’élargir son invitation à la grandeur du monde, à tous ceux que les serviteurs rencontreront sur leur chemin, les mauvais comme les bons. J’imagine que les pharisiens n’ont pas dû aimer beaucoup l’histoire de Jésus, parce que, pour eux, il y avait juste les bons, les purs selon la loi qui pouvaient être sauvés.
Saint Jean, quand il nous raconte les noces de Cana, nous dit que c’est là le premier signe que Jésus a fait. Il nous dit que le Royaume inauguré par Jésus ressemble à des noces où le vin coule en abondance. Jésus est celui qui vient célébrer un mariage entre Dieu et l’humanité, une Alliance nouvelle et éternelle ! La mission de Jésus, c’est de nous inviter à la noce, de nous inviter à prendre place dans la salle du banquet.
Au moment de la consécration tantôt, je vais souligner que le vin est le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle ; il est le signe privilégié de cette noce entre Dieu et l’humanité que Jésus est venu achever. Pourtant, à ce banquet, il n’y a pas de vin en quantité comme aux noces de Cana, pas de viandes succulentes. La chair qui est offerte, le fruit de la vigne qui est versé ; c’est Jésus lui-même qui donne sa vie pour nous et pour la multitude.
Pour y participer à cette noce, on n’a pas besoin de carte d’invitation, d’un certificat de bonne vie ni de diplôme. On ne passe pas d’examen à la porte en entrant. Au contraire, la première chose qu’on nous a demandée, c’était de nous reconnaître comme pécheurs ! C’est une chose qu’il faut remarquer dans l’eucharistie. Tout de suite après avoir demandé à l’Agneau de Dieu de prendre pitié de nous et de nous donner la paix, sans transition ; on se fait dire : « Heureux les invités au repas du Seigneur ! ».
Dans la parabole de Jésus, le roi voit un homme qui n’a pas le vêtement de noce, pourtant, il était fourni gratuitement à l’entrée. Si nous décidons de répondre à l’invitation, de participer à la noce, on comprend qu’il est nécessaire de s’endimancher, de revêtir le vêtement de noce. Pour nous aussi, pour participer à l’eucharistie, nous devons revêtir le vêtement de noce. Il s’agit ici du « vêtement » de la conversion qu’il faut porter avec la joie au cœur.[1] Le vêtement de noce, c’est revêtir le Christ, et donc de vivre en cohérence avec l’invitation de Dieu.
Oui, l’évangile d’aujourd’hui nous déclare heureux parce que nous avons mis de côté nos affaires, parce que nous avons répondu à l’invitation, parce que nous acceptons d’être des témoins de la noce, de l’Alliance de Dieu avec son peuple.
L’Eucharistie est un signe privilégié du sacrement de la fête éternelle dans le Royaume. Chaque fois que nous la célébrons, elle nous montre la route pour nous indiquer où nous allons, parce que, sur cette terre, nous sommes des marcheurs, des pèlerins, des hommes et des femmes qui sont en route vers la fête du Royaume, vers les noces éternelles.
Quand on reçoit l’invitation de Dieu de participer à des noces royales, chacun et chacune, on a à se demander si on est plus intéressé par Dieu et son Royaume que par soi-même et ses petites affaires. On est toujours invité à répondre à l’appel de Dieu, à croire à son amour fou, à ne pas nous laisser trop prendre par nos occupations et nos préoccupations.
Rappelons-nous, nous sommes des invités à des noces, pas une petite noce, mais une noce royale.
[1] Introduction du Prions en Église.
