Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 4 octobre 2020 – 27e dimanche ordinaire – Matthieu 21,33-43
Si je commençais mon homélie en reprenant les mots de saint Jean « Dieu est amour », vous n’auriez pas trop de mal à comprendre. Ça nous plaît beaucoup ! Ça nous fait du bien !
Mais en disant cela, on n’a pas tout dit. Les textes d’aujourd’hui nous font comprendre que l’amour de Dieu peut être aussi un amour déçu. Il avait une vigne à laquelle il était très attaché. Cette vigne, l’univers créé, la vie, l’amour, la vérité, Il l’avait confié aux hommes, et en particulier à son peuple, pour en faire son royaume. Et, non seulement, les vignerons pillent sa vigne, mais, en plus, ils massacrent ceux qu’il envoie auprès d’eux pour en recueillir les fruits. Ils s’empareront même de son propre Fils, Jésus, et le mettront à mort, refusant toujours de remettre au Père les fruits de sa vigne. Très clair ! Un amour déçu !
La 1re lecture nous laissait entendre que Dieu, déçu dans son amour, va retirer son amour de façon définitive. « Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. »
Même déception dans l’évangile, mais avec une grosse différence ! On voit que le propriétaire tient toujours à sa vigne. Il envoie son Fils, Jésus, qui meurt sur une croix, mais sa mort devient la manifestation la plus éclatante de l’amour qu’il nous porte. À travers lui, il nous fait voir un amour qui est plus fort que la haine, un amour qui le conduira à sa résurrection et à la nôtre. Jailli du cœur de Dieu, l’amour même déçu, ne s’éteint pas, ne meurt pas. Il revit toujours. Malgré toutes les déceptions qu’il vient de connaître, le Père enlèvera le soin de sa vigne à son peuple et choisira un nouveau peuple pour bâtir son royaume. Il appelle de nouveaux responsables qui, espère-t-il, seront fidèles et lui remettront le produit de la vigne.
Comme Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et des pharisiens qui ne sont pas contents, on pourrait croire que nous ne sommes pas beaucoup concernés par la parabole, surtout que nous sommes le nouveau peuple de Dieu à qui le Père confie sa vigne, son Royaume. Mais faisons-nous vraiment mieux que les contemporains de Jésus ? L’univers créé appartient au Père. Mais qu’en faisons-nous ? On pourrait juste penser aux armes qui risquent d’éclater à tout instant ; à la pollution qui empoisonne peu à peu la terre, l’air et l’eau… La vie appartient au Père. Mais pensez aux récits de meurtres qui remplissent à pleines pages nos journaux ! et pensez aux hommes, aux femmes et aux enfants dont la vie est tellement diminuée et écrasée qu’elle n’a plus aucun goût ! Et pensez à ceux qui n’ont pas le droit de naître !
L’amour appartient au Père. Mais savons-nous ce que c’est l’amour ? Une force qui va vers les autres ou une force qu’on tire vers soi ? Une force qui accueille ou une force qui accapare ? Une force qui épanouit ou une force qui avilit ? Une force qui donne vie ou une force qui détruit ? Je ne parle pas d’un amour sentimental, mais d’un amour qui porte du fruit, d’un amour qui cherche à mettre en pratique les consignes de l’évangile, d’un amour qui veut vivre à la manière du Christ et à la manière de son Père.
Oui, nous sommes le nouveau peuple de Dieu. Oui, le Père compte sur nous pour faire fructifier sa vigne et bâtir son Royaume. Oui, nous sommes l’Église ! Chacun, chacun de nous pourrait se dire « Je suis un vigneron dans l’équipe à qui Dieu confier son Royaume. » Il y a tellement de gens, dans le monde actuel, qui ont soif de justice, de paix et d’amour ! Il y a tellement de gens qui ont soif de Jésus, parfois même sans le savoir !
Amour déçu ! À première vue, le tableau que nous présente l’évangile est bien sombre, pourtant il est porteur d’espérance. Il nous révèle le plan de Dieu, d’un Dieu qui n’est pas mis en échec par de mauvais vignerons, d’un Dieu qui veut toujours, et aujourd’hui encore, que l’humanité porte du fruit, d’un Dieu qui n’est pas mis en échec à cause de la mauvaise gérance des hommes. D’autres vignerons viendront toujours et le salut continuera d’être annoncé jusqu’au retour du Seigneur. Le Royaume de Dieu est indestructible, il se réalisera inévitablement ! Bienheureux ceux et celles par qui il se réalisera.
