Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 9 septembre 2020 – Luc 6,20-26.
Aujourd’hui, dans l’évangile, Jésus nous parle du bonheur et du malheur. Bien sûr, on peut se demander « qu’est-ce qui me rend heureux » et « qu’est-ce qui me rend malheureux » dans ma vie. Mais le but n’est pas de nous regarder ou de faire un examen de conscience, mais d’entrer dans un moment de prière.
Vous avez remarqué que Saint Luc fait des oppositions dans l’évangile.
Une première concernant les pauvres et les riches ! Il ne s’agit pas de ceux qui vivent dans la misère, mais de ceux qui ont un cœur de pauvre, ceux qui n’ont pas « le cœur fier et le regard hautain. » Le pauvre, c’est celui qui compte sur la générosité de Dieu, sur la gratuité de sa grâce. À l’inverse, il y a les riches, ceux qui s’imaginent être heureux parce qu’ils ont de grands biens. Mais le Royaume de Dieu ne se possède pas. Il est donné gratuitement, sans mérite de notre part. Alors, dans notre prière, prions Dieu d’ouvrir notre cœur au vrai bonheur.
La deuxième opposition s’adresse aux gens qui ont faim et affamés et ceux qui ont le ventre plein : « Heureux vous qui avez faim maintenant, vous serez rassasiés… Malheureux vous qui êtes repus maintenant, vous aurez faim. » Les affamés sont ceux qui ont faim du Royaume des cieux, le Seigneur ne demande qu’à nous combler. Mais il ne peut rien faire pour ceux qui sont repus, qui ne pensent qu’à leur ventre. Prions comme Marie qui a chanté ce renversement de valeurs dans son Magnificat : « Le Seigneur comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ».
Une troisième opposition s’adresse à ceux qui pleurent et ceux qui rient. Ces situations de malheur, on les connaît. La radio et la télévision ne cessent de nous le dire chaque jour. Ce ne sont pas les malheurs qui rendent les gens malheureux, mais la présence du Christ qui est avec nous dans ces moments. Au contraire, ceux qui pensent que le bonheur est dans les seules joies du monde oublient pourquoi ils vivent et où nous allons. Ils ne font que courir à leur perte.
Saint Luc établir tout un contraste entre les réalités terrestres qui sont éphémères et nous tirent vers le bas et les réalités du Royaume que nous libèrent et nous élèvent au-dessus de ce qui pourrait nous alourdir.
Il faut savoir que saint Luc écrit son évangile au moment où les chrétiens de son époque vivent des choses difficiles et même des temps de persécutions. C’était dangereux d’être reconnu comme disciple du Christ. On risquait d’être poursuivi, emprisonné et même d’être mis à mort à cause de leur foi au Christ.
Combien de fois dans l’évangile, on nous dit qu’un jour qu’il y aura tout un renversement ; le mal n’aura pas le dernier mot. Ça n’enlève rien à la situation présente, mais saint Luc chercher à aider les croyants d’hier et d’aujourd’hui à tenir bon dans la fidélité et l’espérance. Ce n’est pas toujours facile d’être rattaché au Christ, mais tout l’évangile nous rappelle qu’il veut toujours nous associer à sa victoire sur le péché et la mort. C’est ce que saint Luc voulait nous dire dans l’évangile aujourd’hui.
