Mgr J-C. Dufour- 12 juillet 2020 – 15e dimanche ordinaire — Matthieu 13,1-23

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 12 juillet 2020 – 15e dimanche ordinaire — Matthieu 13,1-23

J’ai un petit faible pour cette parabole ! Peut-être parce que je me souviens du temps où on labourait la terre avec un cheval, où on préparait les veilloches de foin avant de les ramasser à la fourche. Il y en a sûrement parmi vous qui se souviennent de ce temps-là.

Au temps de Jésus, ce n’était pas comme aujourd’hui avec nos machines sophistiquées, il fallait bien répandre la semence à la main et on ne pouvait pas contrôler parfaitement la chute des graines ! On peut comprendre ça ! Il est pas mal comique le semeur de l’évangile !   Il va plus loin ! Il paraît négligent ou pas du tout regardant sur l’utilisation de la semence. On dirait qu’il fait exprès ! Il sème partout, n’importe où.

C’est une parabole !   Le semeur, c’est Dieu ! Les grains semés sont la « Parole de Dieu ». Dieu sème généreusement ! Partout ! Sans faire de distinction, jetant la semence même où elle ne produira rien. C’est tout un message que nous donne Jésus !   Il nous laisse entendre que Dieu ne réserve pas son dessein de salut juste à ceux qui vont l’accueillir et y répondre immédiatement ! Son salut est pour tous !

Et puis Dieu, le semeur de l’évangile, fait preuve d’une incroyable espérance, celle d’un amour qui ne calcule pas la dépense. Il veut que tous aient accès à la Vie en plénitude ! Personne n’est exclu ! Au lieu de voir la semence qui tombe dans les ronces ou sur la roche, une « semence perdue », Dieu lui, voit une « chance donnée » à tous.   Il veut que tous aient accès à la Vie.

Faut-il ajouter, par-dessus tout cela, qu’en chacun de nous, il y a des sols pierreux, il y a des ronces, et il y a de la bonne terre… Le semeur sème partout en nous pour nous convertir, nous libérer, nous permettre de grandir, d’être aux yeux de tous une moisson désirée.

Qu’est-ce que tout ça veut dire pour nous aujourd’hui ?

Comme Jésus, nous avons comme mission de semer la « Parole de Dieu », à la manière de Dieu.    On est toujours bien tenté, au premier abord, de choisir les terres faciles, le succès immédiat.   Ce n’est pas la manière de Dieu !   Ce n’est pas facile de « Proposer la foi » aux hommes d’aujourd’hui !   L’homme d’aujourd’hui a une vie encombrée et accélérée, il manque de racines, il apparaît imperméable à la Parole, mais il a aussi des attentes.   Mais si on se veut vraiment missionnaire, à la manière de Dieu, il faut se porter aussi vers les terres dures et ingrates qui ont tant besoin d’entendre le message.

Avons-nous personnellement cette hantise de répandre la Bonne Nouvelle sans compter et quel que soit le terrain ? C’est certain que la bonne terre attend la semence de la Parole et il n’est pas interdit de nous réjouir de voir la semence grandir et s’épanouir en moisson. S’il nous arrive de préférer nous adresser aux gens qui sont déjà convaincus, il ne faut jamais oublier que notre mission ne s’arrête pas là !   Il faut sortir pour semer ! Semer la Parole de Dieu, c’est semer le Christ, celui que saint Jean appelle « le Verbe ». Il faut être un peu fou comme le semeur de l’évangile, il faut semer partout, n’importe où.

Il nous faut agir comme Jésus. Il est sorti de Dieu pour semer la Bonne Nouvelle. Sa semence a rencontré la terre des hommes avec des succès divers. Il s’est heurté aux forces destructrices du mal, les esprits mauvais, les scribes et les pharisiens, sa parenté même. Mais il y a aussi les espoirs de la réussite. Aux échecs initiaux de la semence s’oppose un étonnant rendement, le succès du Règne de Dieu faisant irruption. Il peut faire irruption même en nous : « celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »  On l’oublie souvent, trente pour un, c’est déjà une fameuse récolte.

Le semeur de l’évangile fait preuve d’une grande espérance. Remercions-le pour tant de confiance et de générosité à notre endroit qui se manifeste jusque dans l’Eucharistie.