Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 25 juin 2020 – Matthieu 7,21-29
Dans les années 70, il y avait une chanson qui disait : « Tout fout l’camp ! Y a plus d’enfants, y a plus d’famille, y a plus d’morale, y a plus de civisme, plus de religion. » Et dans le verset suivant, ça continuait « Tout fout l’camp ! Y a plus d’charité, y a plus d’joie d’vivre, y a plus d’gaieté, y a plus d’travail, y a plus d’santé ». Autrement dit, rien ne va plus ; tout se désagrège, tout s’effrite.
Ça rejoint l’évangile que nous venons d’entendre. « C’est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé ; les vents ont soufflé… la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »
Pourtant, à la fin de la chanson, devant le fait qu’il y a rien qui marche, que tout se désagrège, le chanteur dit : « Ou, c’est moi p’être qui vieillis ? »
Dans sa chanson, le chanteur oppose deux visions : la vision découragée d’un monde en perdition et la vision d’un regard neuf, celui d’un homme nouveau. Ce regard neuf nous fait penser à l’homme prévoyant que Jésus décrit dans l’évangile : « L’homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé… la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. » Saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens, parlant de son peuple libéré d’Égypte, leur disait : « tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. » (1 Cor 10,4)
L’évangile ne cesse de nous montrer ce combat entre l’ancien et le neuf (Marc 2,21), la mort et la vie (Mt 10,39), les ténèbres et la lumière (Mt 4,16). Quel est le secret de l’évangile derrière tous ces combats, toutes ces luttes ? C’est la victoire du Christ, sa résurrection, notre baptême qui nous donnent de nous dévêtir du vieil homme et de nous revêtir de l’homme nouveau comme le disait saint Paul aux Colossiens : « Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. » (Col 3,9-11)
Fondés sur cet enseignement, sur le roc de la Parole, unis au Christ et vivant de son Esprit de vie, il nous sera donné de traverser les ravins de la mort et de ne plus craindre aucun mal (Ps 22,4).
