Mgr J-C. Dufour- 21 juin 2020 – 12e dimanche ordinaire – Matthieu 10,26-33

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 21 juin 2020 – 12e dimanche ordinaire – Matthieu 10,26-33

 

Vous vous souvenez des premiers mots que le pape Jean-Paul II a prononcés le jour même de son élection : « N’ayez pas peur ! »  Il reprenait ce que Jésus nous dit par trois fois dans l’évangile d’aujourd’hui : « Ne craignez pas ! »

La première peur qui nous guette, c’est celle de la dérision. Il y a une cinquante d’année, ceux qui s’affichaient comme non-croyants étaient regardés de travers, aujourd’hui, c’est le contraire. On a peur de faire rire de nous autres quand on est croyant. Il y a des jeunes et même des enfants qui me l’ont confié. On n’en finit plus de faire le procès de l’Église, de nous ridiculiser. Pas facile d’affirmer notre foi dans un contexte pareil.

La deuxième peur qui nous guette, c’est celle qui vient du doute. À force de marcher à contre-courant de notre monde, on finit par se demander si on est bien correct, si on ne s’est pas trompé, si Dieu existe vraiment. Et quand certains philosophes bien cotés déclarent à la télé que la religion est une pathologie mentale, il y a de quoi être ébranlé. Et si, en plus, on trouve que le Bon Dieu est bien trop silencieux par les temps qui courent, la peur ne fait qu’augmenter.

La troisième peur qui nous guette, c’est celle qui vient de la solitude. On est tout seul à croire, à pratiquer dans la famille ou parmi les voisins qui nous entourent.   Il n’y a pas d’autres croyants au bureau où on travaille. On se sent tout seul, isolé, incapable de nous appuyer sur la foi de d’autres. Ce n’est pas facile et on risque de perdre nos forces très rapidement, de faire sauter notre vie spirituelle.

Il y a bien d’autres craintes bien sûr, et Jésus vient nous dire : « Ne craignez pas ! »   Jésus veut réconforter ses disciples, et nous réconforter nous aussi.

« Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. »  Il y a des gens qui comprennent cette affirmation en se disant qu’un jour, toutes nos bêtises vont être mises sur la place publique. Pourtant, ça n’a rien à voir. Pendant trois ans Jésus a vécu des moments d’intimité avec ses disciples. Il leur a dévoilé le dessein de Dieu, les secrets de la volonté du Père. Il a soufflé dans leurs oreilles et dans leur cœur, comme il le fait encore aujourd’hui, ce qu’il fallait annoncer, ce qu’il fallait faire connaître.   Autrement dit, Jésus nous dit que ça ne nous donne rien d’avoir peur des hommes, parce qu’il n’y a rien qui va empêcher la Bonne Nouvelle de se répandre, parce que c’est la volonté profonde du Christ. La proclamation de la vérité finira toujours par triompher.

Ensuite, Jésus nous fait comprendre que l’hostilité du monde, « ceux qui tuent le corps », ça va passer, ça dure un temps, tandis que la vraie vie, elle, ne passe pas, elle est éternelle. Ceux qui tuent le corps n’ont aucun pouvoir sur l’âme. On en avait un bel exemple dans la première lecture. Le prophète Jérémie déclare : « Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable ». Quelle belle expression de foi ! On trouve la même foi chez saint Paul, dans la deuxième lecture : « Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute… combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude. »

Enfin, Jésus fait comprendre à ses disciples et à nous aujourd’hui que ceux qui témoignent de lui devant les hommes sont assurés du soutien de Dieu. « Moi aussi, je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. »  Parce qu’il veut que la Bonne Nouvelle soit annoncée, il nous assure de sa présence aimante. « Pas un seul petit moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. »  Rien n’échappe à la tendresse du Père, pas même la chute d’un cheveu. Jésus reprend en d’autres mots, ce que Dieu avait déjà dit au prophète Isaïe : « Ne crains pas, je t’ai appelé par ton nom. Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu es précieux pour moi, et je t’aime. » 

Et ça n’a pas de limite ! Parce qu’il est avec nous, dans toute la force de son amour, Jésus nous rappelle que, quoiqu’il arrive, la mission ne peut que tourner en faveur de celui que le Père aime, qu’il ne faut même craindre ceux qui tuent le corps, parce que la vie triomphera toujours de la mort.

Celui qui nous dit ça, c’est celui que nous allons accueillir au moment de la communion. Au IVe siècle, St Cyrille de Jérusalem écrivait : « Quand tu t’approches de l’Eucharistie, fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ, en disant « Amen ». Celui que nous recevons dans nos mains, que nous accueillons dans nos cœurs, c’est celui qui nous dit au creux de l’oreille et du cœur ce qu’il faut annoncer, c’est celui qui veille sans cesse sur nous en nous disant : « Ne craignez pas ! »  « N’ayez pas peur ! »