Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 14 juin 2015 — Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Jean 6, 51-58.
Est-ce vraiment un hasard si l’adoration du saint Sacrement commence, dans votre nouveau couvent, la veille ou le jour du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ ? Je ne crois pas que ce soit un hasard. On pourrait y voir sans doute un rappel de votre mission comme communauté. Dans le DÉCRET DE LA CONGRÉGATION POUR LES RELIGIEUX, on peut lire : « la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers a reconnu dans les textes le désir des sœurs que toute leur vie soit « sacrifice de louange » uni à celui de Jésus Prêtre et Hostie, pour que se réalise par les prêtres l’éternel dessein du Père. « Que tous soient un ». Réunies autour de l’Eucharistie en communautés d’adoration et de vie fraternelle, elles ont pour modèle la Sainte Famille de Nazareth, et exercent en faveur des prêtres un apostolat spirituel qui rejaillit sur l’Église. » J’en arrive avec mon homélie sur la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ qui, je l’espère, et même sans messe, nous ouvre sur le plan d’amour du Père réalisé en Jésus Christ.
Dans le livre des Proverbes, on trouve plusieurs phrases sur le pain et le vin. On dit par exemple : « Mieux vaut du pain sec, et la paix, qu’une salle remplie de discorde » (Pr 17,01), « Qui a bon cœur sera béni, il partage son pain avec le faible » (Pr 22,09), « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger » (Pr 25,21). Autant de paroles qui nous ouvrent peu à peu au plan d’amour de Dieu, plan d’amour qui prend son sommet dans l’Eucharistie.
Jésus venait tout juste de nourrir une grande foule et il s’était retiré à l’écart, tout seul sur la montagne. Le lendemain, les gens le cherchent et finissent par le trouver de l’autre côté du lac. Ils lui demandent comment il est arrivé là, et Jésus de répondre : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. » À partir de ce moment, Jésus commence une catéchèse sur l’eucharistie. Il les invite à travailler pour une nourriture qui ne se perd pas. Il fait remarquer que la manne qui les nourrissait leurs ancêtres alors qu’ils se trouvaient dans le désert était un don de Dieu : « Il leur a donné à manger le pain venu du ciel ». Et puis, Jésus ajoute que c’est la même chose pour lui, il est un don du Père, « le pain du ciel, qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »
Plus tard, il ajoutera et c’est l’évangile d’aujourd’hui : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Pour les gens qui l’écoutent, cette parole est trop forte, elle frise le scandale. Alors, ils se mettent à murmurer et de plus en plus au point que beaucoup de ses disciples décident de le quitter et de s’en aller. « Alors Jésus dit aux douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »
Mais, heureusement pour nous, nous connaissons la réponse que Jésus a donnée à ses disciples lors de son dernier repas avec eux : prenant le pain et puis la coupe, il dit : « ceci est mon corps livré pour vous… Buvez-en tous, ceci est mon sang. » Ainsi, il nous faisait comprendre que l’Eucharistie est aussi nécessaire pour nous que la nourriture pour notre corps, parce que son geste d’amour développe en nous une vie d’amour grâce à une relation intense, profonde, invisible, avec Jésus.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » Demeurer en Jésus, c’est le grand défi de notre vie. D’un côté la parole de Dieu vient nous dire ce que nous avons dans le cœur, et d’un autre côté Dieu met dans notre cœur le désir de découvrir ce que lui a dans le cœur. Lorsque le peuple marchait dans le désert, Moïse lui disait que Dieu : « voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur ». Ainsi Dieu t’a donné une nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connu, pour que tu saches que l’homme ne vit pas « seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Nous avons fondamentalement besoin d’une nourriture pour notre corps et d’une autre nourriture encore bien plus nécessaire, celle de notre cœur. Cette nourriture, c’est Jésus le « Pain vivant », la Parole faite chair qui rassasie notre cœur. Il est « la vraie nourriture et la vraie boisson » qui donnent la vie éternelle. Vraiment « il est grand le mystère de la foi. »
« Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » Demeurer en Jésus, c’est le défi de notre vie. Trouver en lui la lumière, la paix et le pardon. Trouver en lui la force de vivre dans l’épreuve en essayant de voir les choses, les événements et chaque personne comme lui les voit. Demeurer en lui, c’est lui apporter dans la prière, tout notre cœur en laissant résonner sa Parole pour nous imprégner de sa miséricorde.
Toute communion à son Corps et à son Sang sera donc une communion à sa vie de Fils de Dieu. En mangeant le Corps du Christ, nous venons nous ressourcer à sa vie, comme lui-même se ressourçait constamment à l’amour de son Père. En mangeant le Corps du Christ, nous avons l’assurance d’une victoire sur nos forces de refus, d’agressivité et d’isolement, et même sur celles de la maladie et de la mort.
« Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Jésus veut éterniser son amitié avec nous, partager sa vie avec tous ceux qui croient en lui, au-delà de la mort qui nous emportera et dont l’ombre inquiète parfois les êtres fragiles que nous sommes. Ce pain de vie nous rappelle combien Dieu nous aime : il se fait « hostie », offrande, pour être accessible à tous !
Ainsi nous pouvons comprendre l’invitation livre des Proverbes, comme une prophétie : « Venez, mangez de mon pain, buvez le vin que j’ai préparé. » (Pr 9,05) En attendant d’avoir la messe, que notre temps d’adoration, de prière, soit comme un temps de préparation intense ; qu’elle crie notre faim et notre soif à Jésus, notre faim et notre soif de l’Eucharistie.
