Mgr J-C. Dufour- 13 juin 2020 – Les artisans de paix

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 13 juin 2020 – Les artisans de paix

 

Si la pierre disait…[1]

Si la pierre disait : ce n’est pas une pierre qui peut monter un mur… il n’y aurait pas de maisons. Si la goutte d’eau disait : ce n’est pas une goutte d’eau qui peut faire une rivière… Il n’y aurait pas d’océan. Si le grain de blé disait : ce n’est pas un grain de blé qui peut ensemencer un champ : il n’y aurait pas de moisson. Si l’homme disait : ce n’est pas un geste d’amour qui peut sauver l’humanité… Il n’y aurait jamais d’amitié et de paix sur la terre des hommes. Comme la maison a besoin de chaque pierre. Comme l’océan a besoin de chaque goutte d’eau. Comme la moisson a besoin de chaque grain de blé. La Paix a besoin de toi, unique et irremplaçable.

« Anonyme)

Il a besoin de tous ses outils

Il y avait une fois, il y a bien longtemps de cela, dans un petit village nordique, un atelier de charpentier. Un jour que le Maître était absent les outils se réunirent en grand conseil sur l’établi. Les conciliabules furent longs et animés. Ils furent même véhéments. Il s’agissait d’exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres.

L’un prit la parole : « Il nous faut, dit-il, exclure notre sœur la scie, car elle mord, et elle grince des dents. Elle a le caractère le plus grincheux du monde ».

Un autre dit : « Nous ne pouvons conserver parmi nous notre frère le rabot qui a le caractère tranchant, et qui épluche tout ce qu’il touche. »

« Quant au frère marteau, dit un autre, je lui trouve le caractère assommant. Il est tapageur. Il cogne toujours et nous tape sur les nerfs. Excluons-le. »

« Et les clous ? Peut-on vivre dans des gens qui ont le caractère aussi pointu ? Qu’ils s’en aillent aussi. Et que la lime et la râpe s’en aillent aussi. À vivre avec elles, ce n’est que frottement perpétuel. Et qu’on chasse le papier de verre dont il semble que la raison d’être dans cet atelier soit de toujours froisser ?

Ainsi discouraient en grand tumulte les outils du charpentier. Tout le monde parlait à la fois. L’histoire ne dit pas si c’était le marteau qui accusait la scie et le rabot et la lime, mais il est probable que c’était ainsi, car à la fin de la séance, tout le monde se trouvait exclu.

La réunion bruyante prit fin subitement par l’entrée du charpentier dans l’atelier. On se tut lorsqu’on le vit s’approcher de l’établi. Il saisit une planche et la scia avec la scie qui grince. La rabota avec le frère rabot au ton tranchant qui épluche tout ce qu’il touche. Le frère ciseau qui blesse cruellement, notre sœur la râpe au langage rude, le frère papier de verre qui froisse, entrèrent successivement en action. Le charpentier prit alors nos frères les clous au caractère pointu et le marteau qui cogne et fait du tapage. Il se servit de tous ses outils au méchant caractère pour fabriquer un berceau. Pour accueillir l’enfant à naître. Pour accueillir la Vie.

Saga suédoise

[1] Paraboles d’Orient et d’Occident, Jean Vernette