Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 24 mai 2020 — Ascension du Seigneur — Matthieu 28,16-20
Souvent, quand j’avais besoin d’aide en paroisse, je demandais à des gens s’il désirait s’engager comme catéchètes, comme animateur ou animatrice, comme membre du conseil de fabrique, du conseil de pastorale ou du comité de liturgie. La réponse la plus spontanée que j’obtenais souvent était : « je ne suis pas capable. »
Honnêtement, il me semble que ça aurait dû être la première réponse des disciples dans l’Évangile d’aujourd’hui ! Jésus leur demande de faire des disciples dans toutes les nations, d’enseigner, de prêcher la Parole, de baptiser. Il me semble spontanément ils auraient pu dire : « Je ne suis pas capable ». Ils avaient de très bonnes raisons pour le dire.
– D’abord, Jésus leur confie la même mission que lui avait, une mission qui, ils le savaient bien, l’avait conduit à la croix. Ça ne devait pas être bien différent pour eux autres, ils devaient s’attendre à la même chose.
– Et puis, les disciples habitaient un pays dominé par une armée étrangère, les Romains, et par les autorités religieuses qui avaient donné bien du mal à Jésus. Ils étaient habitués à se taire devant les Romains et l’autorité religieuse, à plier l’échine devant eux et voilà que Jésus leur confie un rôle de leadership.
– Finalement, les disciples étaient des gens illettrés, des pêcheurs pour la plupart, sans aucun pouvoir, sans aucune influence politique et voilà que Jésus leur confie une mission qui s’étend à la terre entière, au monde entier.
Ils avaient toutes sortes de bonnes raisons pour dire « Je ne suis pas capable ». Ça leur paraissait comme une mission trop difficile, voire même impossible. Pourtant quand on regarde les résultats, on peut dire qu’ils ont été impossibles aussi ! Trois siècles plus tard, tout l’Empire romain était passé au Christianisme. On pourrait repasser toute l’histoire, siècle après siècle, et continuer de nous étonner de voir les résultats de cette mission que Jésus avait confiée à son Église.
Quand on regarde tout ça, on ne peut pas s’empêcher de conclure qu’il fallait qu’il y ait derrière tout ça une force qui dépassait les simples capacités humaines, la force du Christ ressuscité qui disait : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ;… Et moi, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde ».
L’histoire du christianisme est comme la réalisation constante de cette parole de Jésus. On sent que cette Parole de Jésus s’est réalisée, accomplie à toutes les époques. On peut dire que Jésus a tenu ses promesses et que sa force a continuellement accompagné son Église dans la mission qui lui était confiée.
Dans ces événements, vous pouvez reconnaître votre histoire. Aujourd’hui 24 mai, vous fêtez le 125e anniversaire de votre fondation, la prise d’habit de votre mère fondatrice. Comme les apôtres, Mère Marie Zita de Jésus e n’a jamais dit « Je ne suis pas capable ». En elle, il y avait la force du Ressuscité, la force de son Esprit, le même si présent lors de la formation des premières communautés chrétiennes comme nous le montrait les Actes des Apôtres. Après 125 ans, on peut dire que les promesses du Christ se sont réalisées au cours des années et nous prions pour qu’elles se continuent.
Il me semble qu’on a intérêt aujourd’hui encore à réécouter cet Évangile, la promesse de Jésus, à la méditer dans notre cœur, à la garder comme Marie le faisait. L’écoute de l’Évangile d’aujourd’hui
– devrait susciter la confiance, une confiance qui nous permette de travailler pour faire grandir la communauté, pour édifier l’Église ;
– elle doit nous permettre de vivre avec sérénité tous les changements qui se font à l’intérieur de l’Église comme ceux que nous vivons présentement ;
– elle doit nous libérer de toutes ces peurs que nous nous faisons au sujet de l’avenir de notre Église et de notre communauté.
La méditation de l’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle que nous avons reçu la même mission que les disciples, et qu’il serait sans doute bon, de temps en temps, de consulter l’auteur de la promesse. Nous courons toujours le danger de décider un paquet de choses, de mettre en œuvre une série d’activités sans chercher trop à connaître la volonté de Jésus. Pourtant on ne connaît jamais la volonté de Jésus une fois pour toutes : sa volonté s’exprime différemment selon les milieux, à travers les besoins qui s’expriment. Il importe de garder le contact avec Jésus.
« Tout pouvoir m’a été donné… Je suis avec vous tous les jours. »
Cette Parole de Jésus doit nous mettre dans une situation d’écoute et de réceptivité pour bien comprendre la volonté de Jésus, pour nous permettre de bien remplir le mandat qu’il nous a confié de perpétuer son message.
« Je suis avec vous tous le jour ». Cette Parole de Jésus prend une couleur particulière au moment de notre communion. Demandons, au Seigneur d’ancrer encore plus profondément dans notre cœur la force de sa promesse ; demandons-lui la grâce de pouvoir saisir encore mieux sa volonté pour mieux remplir encore la mission qu’il nous confie.
