Mgr J-C. Dufour- 10 mai 2020 – 5e dimanche de Pâques – Jean 14,1-12

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 10 mai 2020 – 5e dimanche de Pâques – Jean 14,1-12

 

Il nous arrive parfois d’être en présence de quelqu’un qui ne veut pas parler. On n’est pas bien à l’aise dans ce temps-là !   On a l’impression d’être devant un inconnu ! Pas moyen de savoir ce qui se passe dans sa tête ou dans son cœur !   D’habitude, quand on rencontre des gens, on s’attend à ce qu’elles communiquent, qu’elles se fassent connaître un peu plus.

On peut faire facilement une application au plan religieux !   Depuis toujours, les hommes et les femmes savaient que Dieu existait.   Ils voulaient le connaître, entendre ses paroles. Mais ils se trouvaient toujours devant un inconnu ! Ils n’arrivaient pas à le comprendre ! Ils étaient bien loin de penser que Dieu voulait leur parler, se révéler, se faire connaître. Ils pensaient qu’il voulait rester refermé sur lui-même, silencieux. On ne peut pas dire qu’ils étaient bien à l’aise avec l’existence de quelqu’un qui demeurait un inconnu.

Bien sûr il y avait le soleil pour leur parler de Dieu, et les montagnes, et les rivières, et le printemps, et la vie, et l’amour… et la mort !…  Mais, on n’y faisait pas trop attention !   Saint Paul, d’ailleurs, dans sa lettre aux Romains le fait bien remarquer en disant que ceux qui ne connaissent pas Dieu sont inexcusables parce qu’il se fait connaître dans des œuvres magnifiques et dans toute la création. « En effet, ce que l’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse. »  (Rm 1,19-20)

Il y a aussi la Bible, le livre le plus vendu au monde, pour nous parler de Dieu ! Mais combien se donnent la peine de la lire vraiment et de la lire avec leur cœur ?

En conséquence, on demeure mal à l’aise avec Dieu ! On veut le connaître, mais il reste muet et silencieux.   Alors on imagine toutes sortes de choses sur Dieu. Il est fâché ! Il ne veut pas parler ! Il est loin ! Il ne veut pas s’abaisser pour leur adresser la Parole !    Il ne s’intéresse pas à ce qu’on vit ! Il ne nous aime pas !

Vous avez remarqué dans l’évangile tantôt la question de l’apôtre Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ! »  Il veut connaître Dieu ! Il veut connaître le Père !    Vous avez remarqué aussi la réponse de Jésus : « Comment peux-tu me dire : « Montre-nous le Père ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi… Celui qui m’a vu a vu le Père. »  Autrement dit : « Tu veux connaître Dieu, tu veux connaître le Père, tu n’as qu’à me suivre, à m’écouter et à me regarder dans mes œuvres. Je suis la Parole du Père, je suis le Verbe ; celui qui m’écoute, il écoute la Parole de Dieu ! Celui qui me connaît, il connaît Dieu ! Celui qui m’aime, il aime Dieu ! Et celui qui est avec moi, il est avec Dieu ! »

Au cours des trois prochains dimanches, les évangiles vont toujours commencer par la même petite phrase : « À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Ça nous situe bien ! Jésus est en train de prendre son dernier repas avec ses disciples. Il sait que, dans la nuit même, on va venir l’arrêter pour le mettre à mort. Pas difficile de comprendre qu’on ne parle pas de la pluie ou du beau temps dans ce temps-là ! Jésus nous livre des choses essentielles, fondamentales. Je dirais que les paroles de Jésus ont valeur de testament, et même qu’il est en train de signer son testament.

À trois reprises, il a annoncé sa mort. Ses disciples sont bouleversés, en plein désarroi ! Pendant trois ans, ils avaient vécu dans la plus grande espérance qu’on puisse imaginer, l’arrivée du Messie qui venait libérer son peuple. Est-ce que tout cela allait s’arrêter maintenant, brusquement ?

Et Jésus leur ouvre des horizons nouveaux. Les hommes ont toujours voulu connaître Dieu et Dieu veut les entraîner dans une communion extraordinaire.   La longue marche du peuple commencée au temps d’Abraham avait conduit ce même peuple à la terre promise. Les disciples le savaient et ils célébraient cet événement à chaque fête de Pâques. Jésus leur fait voir maintenant que la longue marche du peuple n’est pas terminée, mais qu’elle se poursuit bien plus loin que la terre promise, jusque dans la demeure du Père.   Jésus leur découvre le dessein de Dieu, une communion totale avec nous, une communion éternelle, une communion qu’on peut difficilement imaginer.   Une communion que nous vivons déjà dans nos célébrations où il se communique, se montre, se fait connaître, demeure avec nous, des célébrations où Dieu s’offre à nous dans son Fils.

Il y a un évêque qui disait dans une homélie que la foi commençait par les pieds. C’est surprenant d’entendre cela, mais il voulait faire comprendre que la foi est une réponse, une marche qui commence et ne cesse de se poursuivre.

C’est l’aventure de ces onze hommes réunis dans une salle, à Jérusalem. Ils étaient habités par la peur, mais, quelque temps plus tard, ils se sont lancés sur les routes de la Palestine et bien au-delà, poussés par l’Esprit reçu de la Pentecôte. Oui, on peut dire que la foi commence par les pieds.

Nous sommes tous invités à nous mettre en marche, à poursuivre notre marche, à faire un pas de plus vers le Seigneur. Nous n’avons qu’à communier à Jésus, à nous unir à lui, à nous mettre à l’écoute de sa Parole, à lire l’évangile avec notre cœur, à communier à son Pain de vie, à vivre en communion avec ceux et celles qui nous entourent parce qu’ils sont les frères et sœurs de Jésus.