Mgr J-C. Dufour- 9 mai 2020 – Actes 13,44-52

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 9 mai 2020 – Actes 13,44-52

 

Avec la première lecture aujourd’hui, nous assistons à tournant majeur dans l’histoire de l’Église, à ses débuts.

Tout commence dans la synagogue de Pisidie.   Jusque-là, le projet de Paul et de Barnabé est clair. Il faut d’abord se rendre dans la synagogue pour s’adresser à leurs frères juifs, pour ensuite, faire la tournée des synagogues. En effet, pour Paul, Barnabé et les autres apôtres sans doute, le plan de Dieu comportait deux étapes : au début, Dieu s’était fait connaître au peuple élu, c’est donc à lui qu’il fallait d’abord annoncer le salut de Dieu : « c’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu » ; dans un deuxième temps, le peuple élu devra annoncer le salut de Dieu aux autres peuples, aux païens.

Il n’y avait rien de plus logique.   Déjà, en parlant du peuple juif, le prophète Isaïe disait : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». (Isaïe 49,6) Et Jésus lui-même, avait donné cette consigne aux apôtres : « Ne prenez pas le chemin des païens… allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10, 5).

Forts de leur conviction, Paul et Barnabé, lors de leur première visite à la synagogue, reçoivent un accueil plutôt favorable. Ils peuvent espérer que quelques juifs deviendront chrétiens à leur tour. Le sabbat suivant, c’est la lecture d’aujourd’hui, beaucoup de gens se sont dérangés pour les écouter. Mais, ça va moins bien : « quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie », à tel point « qu’ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. »   Ils constatent que les Juifs refusent de reconnaître Jésus comme le Messie, alors que les païens semblent mieux disposés : « Les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux que Dieu avait préparés pour la vie éternelle devinrent croyants. »

Alors se produit un grand tournant dans la vie des missionnaires et dans la vie de l’Église. C’est là, à Antioche de Pisidie que Paul va modifier ses plans ; pour lui, le message est clair, le refus des Juifs ne doit pas retarder l’annonce du Messie aux païens. C’est exactement ce que Paul et Barnabé diront ce jour-là dans la synagogue : «  C’est à vous, d’abord qu’il fallait adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez, et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens. »   À partir de ce moment-là, Paul et Barnabé mettront toute leur énergie missionnaire vers les païens. Décidément, à Antioche de Pisidie, un tournant décisif vient d’être pris dans la vie des premiers chrétiens !

Vous avez peut-être l’impression que je vous fais plus un cours d’exégèse ou d’histoire plus qu’une homélie. Mais, on voit qu’au début de l’Église, l’évangile se diffusait au milieu des consolations et des difficultés. J’ai dit au début de l’Église, mais il faudrait dire aujourd’hui encore. Mais, malgré ces incompréhensions et les oppositions, Paul et Barnabé ne perdent pas leur joie comme on ne devrait pas perdre la nôtre. Au contraire, nous devons être témoins de cette joie d’être avec le Seigneur, de notre amour pour lui de même que pour nos sœurs et nos frères.