Mgr J-C. Dufour- 3 mai 2020 – 4e dimanche de Pâques – Jean 10,1-10

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 3 mai 2020 – 4e dimanche de Pâques – Jean 10,1-10

 

Si je me présentais à quelqu’un en lui disant « Je suis la porte! », je pense que je me ferais dévisager pas mal.  Pourtant, c’est ce que Jésus nous dit aujourd’hui : « Je suis la porte des brebis ».  Drôle d’expression à première vue!   Une porte!  Il faut qu’elle soit ouverte ou fermée.   On peut se heurter à une porte close, écouter aux portes, se tenir près de la porte pour accueillir de la visite,  organiser une journée « porte ouverte ».  Et on peut encore frapper à la mauvaise porte, mettre un employé à la porte, claquer la porte au nez de quelqu’un.  Toute sorte d’expressions!  Mais, restons à l’essentiel!  Quand on décide de percer un mur pour installer une porte, c’est parce qu’on veut éviter de faire de longs détours.  On veut se permettre de passer facilement de l’autre côté.

Quand Jésus dit « Je suis la porte des brebis », il venait de guérir un aveugle-né, un évangile qu’on a entendu,  il n’y a pas longtemps!  Les pharisiens avaient chassé l’aveugle du Temple, ils lui avaient fermé la porte au nez parce qu’il avait parlé en faveur de Jésus.  Ils n’ont pas agi comme des bergers, mais comme des voleurs et des bandits.

« Je suis la porte des brebis ».   Notre histoire sainte nous rappelle qu’en refusant d’écouter la Parole de Dieu, les hommes ont dressé un mur entre eux et Dieu, un vrai mur de béton.  On en connaît des murs de béton! Le mur de Berlin qui est tombé;  la grande muraille de Chine;  les murs qui se dressent entre des pays ou des nations, comme entre les Israéliens et les Palestiniens; les murs d’incompréhension qui existent entre les couples, entre les parents et les enfants. Et la liste pourrait être bien longue.

« Je suis la porte des brebis ».   En se désignant ainsi,  Jésus vient nous faire comprendre qu’il est venu ouvrir une brèche, percer une grande ouverture dans le mur qui nous sépare de Dieu pour nous permettre de passer de l’autre côté, du côté de Dieu.  Il est  venu pour ouvrir nos murs de béton, et surtout, pour faire sauter le mur le plus infranchissable qui soit, celui de la mort.   Rappelons-nous qu’il s’est laissé transpercer les mains et les pieds, qu’il s’est  laissé ouvrir le cœur.  Désormais, il est lui-même  la brèche, l’ouverture, la porte qui nous donne accès de l’autre côté de nos murs.  En plus, on peut affirmer qu’Il a défoncé un mur que personne ne pourra plus jamais refermer.

Qu’est-ce qui nous reste à faire?  Accepter de passer par lui, comme il nous le dit!  « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer; il pourra sortir et trouver un pâturage »,  là où la vie est abondante.   Passer par Jésus!  Ça veut dire l’écouter, lui faire confiance, suivre son exemple, vivre comme lui.   Passer par Jésus, ça veut dire aller vers lui, lui tendre la main, prendre sa main, le laisser nous tirer vers lui, tout près de lui, au-delà du mur qui nous sépare de Dieu.

Aujourd’hui, dimanche de prière pour les vocations!   En nous disant qu’il est  « la porte des brebis », Jésus nous rappelle notre vocation fondamentale de chrétiens : être des hommes et des femmes tout à fait ordinaires, mais qui laissent Jésus venir ouvrir les frontières de leur cœur.  Quand il nous fait sortir de nos murs, Jésus nous permet de trouver une grande liberté intérieure.  Quand il ouvre les frontières de notre cœur, on apprend à nous aimer les uns les autres, comme lui nous aime.  C’est toute la communauté que Jésus appelle à une vie pleine de sens, plus juste, plus fraternelle, une communauté où il y a une multitude de vocations.

 « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »  Quand on nous invite à prier pour les vocations, on court le risque de nous en tenir seulement à nos besoins immédiats!  Oui, nous avons besoin de prêtres, de couples engagés dans le mariage, de religieux et de religieuses, de diacres, de laïcs consacrés.  On manque de prêtres, c’est évident. Et pour en avoir, on s’imagine qu’il faudrait ouvrir un kiosque au salon de l’emploi pour recruter des volontaires. On veut  en avoir un à tout prix parce qu’on veut avoir la messe le dimanche!  On veut recruter!  Pourtant, ce n’est pas notre travail!  C’est le Seigneur qui recrute, c’est lui qui appelle et il continue d’appeler.  Ça veut dire que notre tâche, ce n’est pas de recruter mais  de discerner les appels du Seigneur, de les accueillir et de leur permettre de s’épanouir.   Je souhaite que notre prière aujourd’hui dépasse nos besoins immédiats,  qu’elle nous ouvre à toutes les vocations,  à ce que le Seigneur fait déjà autour de nous et aux appels qu’il ne laisse pas de nous lancer.

« Je suis la porte des brebis. »  Jésus est la porte ouverte vers le Père.  En nous donnant en nourriture sa Parole et son Pain, il nous manifeste comment il veut nous donner la vie en abondance.  C’est là notre vocation première, c’est là qu’il nous appelle tous.