Mgr J-C. Dufour- 8 avril 2020 – Mercredi saint – Matthieu 26,14-25

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 8 avril 2020 – Mercredi saint –  Matthieu 26,14-25

 

Ce n’est pas pour rien que, depuis le début de la semaine, les évangiles nous présentent Judas en train de préparer son plan de trahison. Sans doute déçu par la tournure des événements et à cause de son doute sur la messianité de Jésus, il n’attend que le moment opportun pour livrer Jésus aux autorités religieuses.

Déjà lundi, pendant un repas de fête chez Lazare, Marie avait pris un parfum de grand prix pour le répandre sur les pieds de Jésus et Judas se montre irrité devant ce qu’il voit comme du gaspillage, plus soucieux de l’argent que de la valeur symbolique que Jésus lui donne. Saint Jean ne se gêne pas à son sujet : « Il parla ainsi… parce que c’était un voleur. »  Déjà, Judas est ailleurs, il empoisonne l’atmosphère d’amitié profonde et sincère que Jésus veut vivre avec ses amis avant de quitter cette terre.

Mardi, encore un niveau d’un repas qu’il prenait avec ses disciples, Jésus se montre bouleversé et annonce qu’un d’eux va le trahir. Pourtant Jésus, le plus persécuté et le plus maltraité d’entre tous les humains, n’a jamais dit de personne qu’elle était un ennemi. Il appelle Judas son ami, au moment même qu’il trame contre lui la plus perfide et exécrable trahison. Pourtant, c’est alors que Judas quitta le repas en pleine nuit.

Aujourd’hui, mercredi, Judas se rend chez les grands prêtres ; ils s’entendent sur un prix à payer pour que Judas livre Jésus à un moment favorable.

On dit que les disciples ne sont pas au-dessus de leur maître. Puisque celui-ci a connu la trahison suprême, il y aura sans doute un temps où l’épreuve de la tromperie fera son œuvre chez nous ou dans les autres. On peut dire de Judas qu’il est la figure anticipée de tous ceux et celles qui, au cours de l’histoire de l’humanité, trahiront et persécuteront les chrétiens et les chrétiennes à travers le temps.

Tantôt nous avons chanté le psaume 68. Jésus a lui-même proclamé ce psaume dans sa prière quotidienne ; il l’a fait en pensant à chacun et chacune de nous. « L’insulte m’a broyé le cœur, le mal est incurable,       j’espérais un secours, mais en vain. »  C’est la prière du désespéré, de celui qui se croit perdu à jamais. Je pense qu’en faisant cette prière, Jésus a pensé à chacun de nous, que cette prière, il l’a faite pour chacun et chacune de nous, pour que, lorsque nous sommes devant l’épreuve, sa voix puisse se faire entendre auprès du Père en notre faveur.

Jésus nous invite à relever la tête, même lorsque nous nous sentons écrasés : « car le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés ». Avec le Christ ressuscité, nous pouvons déjà acclamer le Seigneur : « Vie et joie à vous qui cherchez Dieu ! »[1]

Comme le dit la petite méditation du Prions en Église : « Dans la tempête, la plus grande des tristesses et la pire des solitudes, je loue le nom du Seigneur et lui rends grâce parce que je sais que sa lumière viendra. »

[1] Ce paragraphe est une citation notre évêque, Mgr Paul-André Durocher