Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 15 mars 2020 – 3e dimanche du carême — Jean 4,5-42
Le puits de Jacob où la samaritaine vient chercher de l’eau a une très longue histoire. Dans le livre de la Genèse, on raconte comment Jacob y a rencontré Rachel, une bergère, qui venait faire boire son petit troupeau. Une histoire qui va finir par un mariage. Saint Paul, lui, nous parlait d’un amour beaucoup plus grand, celui d’un Dieu qui nous a donné sa vie par amour. Ce Dieu qui sauve par amour, c’est lui qu’on voit à l’œuvre dans l’Évangile d’aujourd’hui.
On voit d’abord une samaritaine qui vient chercher de l’eau au puits ! Un geste bien normal ! On sait comment l’eau est une denrée essentielle : on en a besoin tous les jours pour le lavage, préparer les repas, étancher nos soifs. Mais on a vite compris que cette femme-là avait des soifs du cœur : soif d’amour, soif de bonheur, soif de liberté, de présence… même une soif de Dieu. À travers sa discussion avec Jésus, elle en arrive à confier à Jésus qu’elle porte dans son cœur une grande espérance, celle du messie, de quelqu’un qui lui permettrait d’étancher toutes ses soifs. Mais elle ne l’a jamais trouvé !
Il me semble que ce n’est pas trop difficile de se reconnaître en elle. On est toujours en train de chercher une réponse à nos soifs de bonheur, de liberté, de présence… Quand on vient à une célébration comme aujourd’hui, souvent Jésus nous permet de découvrir que, dans le fond de notre cœur, il y a une soif profonde de Dieu, l’espérance d’un sauveur, l’espérance de quelqu’un qui viendrait étancher toutes nos soifs. Et Jésus continue de nous dire, comme il l’a fait pour la samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui m’aurais demandé à boire… je peux étancher tes soifs les plus profondes. »
Et puis, dans cette rencontre au puits de Jacob, il y a aussi Jésus ! Il arrive de voyage ! Il est fatigué par la route ! Il est midi ! C’est l’heure la plus chaude du jour ! « J’ai soif ! » dit-il à la samaritaine. Rien de plus normal ! Mais, il faut noter qu’il dira « J’ai soif ! » une deuxième fois dans l’évangile, quand il sera sur la croix, parce qu’il aura encore quelque chose de nouveau à nous donner.
En lui aussi, on soupçonne une soif plus profonde qu’une soif physique. Lui aussi a des soifs du cœur ! Il a soif d’abreuver la femme de Samarie au point d’en perdre l’appétit ; il a soif de faire connaître son Père, de proclamer l’amour de Dieu et son pardon incroyable. Il a soif de se donner pour sauver le monde. Il a soif de donner de l’eau vive ! Il a soif de notre accueil de l’Évangile !
Il y a comme quelque chose d’impossible dans cette rencontre ! Pour les Juifs à l’époque, impossible à l’époque d’imaginer cette intimité en public entre un homme et une femme ! Impossible à l’époque d’imaginer une rencontre entre un juif et une samaritaine considérée comme une païenne ! Impossible à l’époque d’imaginer que Dieu se ferait proche d’une pécheresse !
Mais, encore une fois, l’évangile nous rappelle qu’il n’y a rien d’impossible à Dieu ! Il n’y a rien qui peut mettre un frein à l’amour d’un Dieu qui sauve. C’est tout un cheminement que Jésus fait faire à cette femme ! Au début, elle ne voit en lui qu’un juif qu’elle méprise ! Quand Jésus lui parle de sa vie, elle le voit comme un prophète ! Et quand il la rejoint dans son cœur, et qu’il lui dit qu’il est en mesure de lui donner de l’eau vive, elle se questionne : « Ne serait-il pas le messie ? » Et finalement, suite à son témoignage, ce sont les gens de la ville qui en arrivent à dire : « Nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ! »
Quand Jacob a vu Rachel s’approcher du puits avec son troupeau, il a été bien gentil pour elle : il a enlevé la grosse pierre qui recouvrait le puits pour permettre aux bêtes de Rachel de s’abreuver. Il me semble que c’est ça que Jésus fait avec la samaritaine : il commence par enlever les gros mûrs qui les séparent. C’est la même chose qu’il vient faire avec nous quand nous écoutons sa parole : il se révèle comme la source d’eau vive, comme l’envoyé du Père au monde, comme le grand don de Dieu, comme le Sauveur. Il nous fait connaître le vrai visage de son Père : le Dieu de tendresse, de l’alliance, le Dieu qui se fait proche des petits et des pécheurs. L’eau vive, c’est l’Esprit qu’il nous communique, l’Esprit qui répand l’amour de Dieu dans nos cœurs.
Il y a une vieille légende qui raconte que le puits de Jacob a débordé pendant 20 ans après la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. À lire l’Évangile d’aujourd’hui, je dirais que le puits de Jacob continue de déborder puisque Jésus se présente toujours à nous comme Celui qui donne une eau vive pour désaltérer nos soifs les plus profondes.
